Bertille Bak à Chelles – Bousculer l’ordre des choses

Bertille Bak courtesy Les églises, centre d'art contemporain de la ville de Chelles

Anciens mineurs, locataires menacés d’expulsion, religieuses  : Bertille Bak explore toutes sortes de communautés. Son dernier film, intitulé ô Quatrième !, est actuellement présenté au centre d’art Les églises à Chelles, en Seine-et-Marne.

Dans les deux églises qui servent d’écrin au centre d’art contemporain de Chelles, Bertille Bak présente un récit filmique dont les protagonistes sont des religieuses installées à Paris. En 2011, la jeune plasticienne française, qui se définit comme une «  expérimentatrice de terrain  », est allée quelque temps partager leur quotidien. Fruit de cette résidence atypique, ô Quatrième  ! est davantage qu’un simple documentaire sur un choix de vie particulier  : il interroge la notion de «  communauté  », ses mécanismes et ses rapports à l’individu. Le film présente en effet moins l’activité de la congrégation que les allées et venues de ses membres dans le lieu de leur retraite. L’architecture apparaît toute-puissante et révèle les automatismes des corps, prisonniers de couloirs, d’ascenseurs et de cours exiguës. L’individu semble avoir disparu au profit de sa fonction. Cependant, le témoignage de l’une des sœurs vient tempérer cette lecture froide de la vie en communauté. Des séquences émouvantes abordent les thèmes de la maladie et de la vieillesse, mais toujours de manière allusive  : le «  quatrième étage  » évoqué, qui donne son titre à l’œuvre, est celui où logent les religieuses parvenues au terme de leur existence. Les occupations personnelles, parfois insolites, auxquelles s’adonnent les religieuses pendant leur temps libre délivrent un propos plus enjoué, où l’individu démontre sa capacité à se réinventer au sein du groupe.

Du documentaire à la fiction

Le documentaire cède peu à peu la place à la fiction. La scène finale, explicitement burlesque, permet au spectateur de comprendre que Bertille Bak est le chef d’orchestre d’un récit, que les religieuses interprètent comme au théâtre. L’artiste réussit ainsi à créer une véritable émulation créatrice au sein de la communauté, brisant les frontières habituellement établies entre l’art et la vie. La scénographie de l’exposition inclut un ensemble d’objets, trouvés sur place et montrés en tant que témoins du projet. Certains ont été transformés en sculptures monumentales. En référence au linoléum jaune de l’une des chambres, des plaques de dibond découpées ont ainsi été assemblées sur le sol du centre d’art, se métamorphosant en une imposante forme minimaliste. Son pourtour correspond en fait à l’emplacement des murs de la pièce de vie et les encoches indiquent le positionnement de la porte, de la fenêtre et de la salle de bain. D’autres objets ont été détournés de leur fonction première pour réaliser les bruitages du film  : parmi eux, des articles de la vie courante, tels un peigne, des boutons, ou encore une lampe de poche. Les repères donnés par Bertille Bak, associés aux plans affichés sur chaque socle accueillant un objet, permettent au visiteur de repérer leur fonction sonore et les temps du film pendant lesquels ils sont utilisés. 

Grâce à la complicité de ses personnages, Bertille Bak réussit à produire une œuvre touchante et drôle, tout en démontrant qu’un travail de mémoire n’exclut pas forcément un réenchantement.

Bertille Bak, photo Aurélien Mole
Vue d’exposition. Coproduction@de l’artiste et de la Ville de Chelles, Bertille Bak, 2011-2012

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