Anders Petersen – La photographie à l’estomac

Anders Petersen

« Mes images racontent ce qu’est un être humain. Je m’identifie à elles. » Depuis l’âge de dix-huit ans, Anders Petersen ne dévie pas de sa quête où il trouve amour, violence, solitude et temps qui passe. D’un bout à l’autre de la planète, le génial disciple de Christer Strömholm – père de la photographie suédoise et ami de Brassaï – distille l’essence de la souffrance et du désir dans la cornue des atmosphères imprévisibles. Souvent sombres, parfois noires, ses images traduisent les tourments et les extases d’un artiste épris de liberté, se risquant à rencontrer les gens qui lui font peur, l’envoûtent ou le hantent. «  Il faut avoir un pied dans la situation, mais garder l’autre au-dehors  », conseille-t-il sobrement à ses élèves de l’école de photographie et de cinéma de Göteborg (Suède) dont il est le directeur d’atelier. Mais lorsqu’il est face aux prostitués, travestis, ivrognes, drogués, fous et détraqués, fracassés ordinaires et damnés de la terre, il le reconnaît  : «  Mon problème, c’est que je me retrouve toujours avec les deux pieds dedans.  » Et pour cause, la photographie c’est sa vie, et ce monde qui le fascine oscille entre horreur et beauté. Grâce à la galerie toulousaine Le Château d’Eau, le public peut désormais étancher sa soif d’humanité, de tendresse et d’émotions fortes avec Café Lehmitz, réalisé entre 1967 et 1970, et City Diary rassemblant des clichés glanés en Europe de 1984 à nos jours. Pour Café Lehmitz, la cinquantaine de vintages exposés s’accompagne d’une projection des trois cent soixante photographies que le jeune Anders avait punaisées sur les murs du bistrot et réservées aux habitués de l’établissement qu’il n’hésitait pas à suivre chez eux. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’image d’ouverture de l’exposition montre deux sœurs jumelles assises sur un canapé en peau de panthère. On songe à Identical Twins, célèbre cliché de deux gamines prise en 1967 par Diane Arbus. Car la photographe américaine partageait, comme Anders Petersen, la même fascination pour les êtres hors normes et les marginaux. Ainsi que la grandeur d’âme et le talent.

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