Au musée de Céret – Barceló, l’alchimiste

Il ne reste plus qu’une dizaine de jours pour découvrir Terra ignis de Miquel Barceló au Musée d’art moderne de Céret. L’artiste espagnol y présente des terres cuites, témoins d’une recherche et d’un travail initiés dans les années 1990. Une découverte stimulante.

Terra ignis (détail), Miquel Barceló, 2013.
Terra ignis (détail), Miquel Barceló, 2013.

Une brique, surmontée d’un tube et d’une autre brique à l’aspect meuble, est encastrée dans un vase de terre cuite. Née d’une collision insolite, cette forme aussi incongrue qu’improbable trône avec de nombreuses compagnes dans la première salle de Terra ignis. Chaque pot, chaque vase porte les stigmates d’une bataille d’où il ressort amoureusement difforme, fêlé, troué, égratigné… « Mes pièces, où on dirait qu’il y a très peu d’intervention manuelle de l’artiste, sont recouvertes de traces : je reconnais mes doigts aux endroits où je posais mes mains pour les soulever ou les déplacer.  Je reconnais si c’était l’été ou l’hiver aux traces de textiles, je peux reconstruire le processus d’élaboration de l’œuvre grâce à ces légères traces, comme j’ai appris à le voir chez Cézanne ou Picasso par des bribes d’informations », explique Miquel Barceló dans le livre qui accompagne cette exposition du Musée d’art moderne de Céret.

On dit de lui qu’il est un « artiste pariétal », tant son intérêt est grand pour la préhistoire et l’art des civilisations les plus anciennes. Renommé pour sa peinture, l’Espagnol a également engagé, depuis les années 1990, sa créativité dans l’art de la céramique. Il a commencé à s’y intéresser à la suite d’un voyage au Mali, dans le pays Dogon, dont l’architecture devient pour lui source d’inspiration. « L’Afrique est le lieu de l’initiation, des échecs et des premières pièces sorties indemnes des fours de fortune alimentés de bouse et de paille », explique-t-on au musée. De retour à Majorque, Barceló s’engage dans un apprentissage technique. Des années de formation et de recherche plus tard, il réalise en 2007 le manteau de céramique de la chapelle de la cathédrale de Palma de Majorque, son chef-d’œuvre.

Bâillements et égarements de formes

« Les toiles brûlent ou servent à construire des abris contre la pluie. Le bois chauffe, les bronzes redeviennent canons. Les vieilles céramiques restent fendues dans un coin sombre à l’abri des regards, elles savent devenir invisibles le temps nécessaire », explique l’artiste, qui, pour Terra ignis, met en scène ses travaux les plus récents en une exposition à l’accent archéologique. Si l’autoportrait est un thème récurrent, matérialisé par des terres cuites arborant des visages aux yeux vides et aux traits griffés, il n’est pas exclusif. A Céret, de nombreuses pièces sont des vases ou des récipients, notamment, auxquels s’ajoute un travail inouï sur les briques traditionnelles. Dans une des salles, imbriqués les uns aux autres, tous ces éléments érigent un mur à la fois éphémère et étrange. Savant mélange de lignes et de courbes, de matière rigide, déformée aussi, avec ses bâillements, ses égarements de formes, il devient vivant par le geste de l’artiste. Et respire.

Dans la dernière salle, sorte de réserve oubliée d’un cyclope céramiste, d’immenses pots aux allures déglinguées se laissent admirer. Le visiteur se penche sur eux, les ausculte, se retient de passer discrètement la main sur leurs flancs. Parcourues de lignes de faille, ces œuvres semblent au bord de la rupture. Invitation, nous dit-on, à une réflexion sur la vanité de toute chose. « Le sujet de beaucoup de ces œuvres est la peinture, comment l’argile devient peinture, toile dessin. Une transmutation en somme », explique Miquel Barceló. Chez lui, tout est peinture. « L’argile fraîche, c’est comme la chair, la peinture aussi, ça va de soi », écrit-il entre parenthèses.

Terra ignis (détail), Miquel Barceló, 2013.
Vue de l’exposition Terra ignis, Miquel Barceló, 2013.
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