Jean-Marc Brunet – L’être sans le néant

Le pinceau se pose sur la toile. Nulle crispation, nulle précipitation dans le geste. Le bleu s’écrase en touches compactes et le nuage de couleur en fusion pleure des larmes de matière. Chaque peinture de Jean-Marc Brunet rejoue le big bang originel, instant de tous les possibles qui hante la mémoire de chaque homme. Face à ce cosmos d’avant le paradis terrestre, le spectateur reste saisi car aux antipodes d’une peinture cérébrale et calculée, celle qu’il observe est toute de chair et d’instinct. Avant de se frayer ce chemin de vérité, le peintre a longtemps travaillé. Celui qui se présenterait presque comme un éternel débutant, si on le laissait faire, n’a pas pour habitude de se vanter, ni même de parler de lui. Très jeune, il sait que sa vie appartiendra à la peinture. L’enfant de Soissons qui dessine au fond de la classe attend pourtant d’avoir son bac pour rejoindre Paris et une école d’art. Il veut apprendre à dessiner, à dominer du pinceau et aussi à graver. Il double son cursus d’une vie intense en atelier. D’autres peintres l’accueillent et lui font partager leur savoir. Certains resteront des amis, des compagnons de route, comme Ousseynou Saar, artiste sénégalais disparu en 2006.

Les pinceaux trempés dans l’histoire de l’art, Jean-Marc Brunet explore toutes les tendances et les écoles de l’abstraction. Les périodes se suivent et ne se ressemblent pas. L’œuvre se scinde en cycles (Les Territoires (1992-1996), Les Réservoirs (1997-2000), Les Guerriers (2000-2003) et Les Citadelles (2003-2006)) jusqu’à ce que la peinture de l’artiste s’échappe, s’émancipe, se trouve. Depuis trois ans, ses toiles sont des bouillonnements de couleurs, des condensés d’énergie. Elles respirent, vibrent, s’offrent sans retenue. Chez lui à Chassemy, l’artiste s’astreint à un travail quotidien devant la toile et devant la plaque ; mais le besoin d’un ailleurs est toujours présent. Son premier voyage à Tanger date de 1989. Sur les traces de Matisse et de Delacroix, il est fasciné par la ville cosmopolite, les contrastes de bleu et de blanc de la Kasbah et la symbolique rencontre entre Méditerranée et Océan. Si par la suite ses pas le mènent souvent au Sénégal ou au Venezuela, jamais il n’oublie de revenir dans la ville du détroit et y noue de solides liens. Dans quelques jours, la série Suite tangéroise, hommage à la ville et à l’écrivain Tahar Ben Jelloun, sera exposée à la galerie de la Kasbah et au palais Dar Al Makhzen. Une fois encore, Jean-Marc Brunet montre la vie et plus encore, son engagement d’homme, une foi en l’être qui ignore le néant.

Jean-Marc Brunet
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