Ars Electronica à Linz – L’art au futur

Chaque rentrée, tout ce que compte la planète de plasticiens et de chercheurs dans les domaines artistiques les plus en pointe se retrouvent à Linz, en Autriche. Depuis 1979, le festival Ars Electronica se consacre aux relations entre l’art, la technologie et la société. Cette année, la manifestation protéiforme a pour thème la mémoire. Total Recall débute demain.

Depuis quelques jours déjà, l’aéroport de Linz enregistre une augmentation significative de son trafic  ! Ils arrivent de tous les continents  : artistes, scientifiques et techniciens se sont donnés rendez-vous en Autriche pour le festival Ars Electronica. Cette institution compte parmi les plus importantes au monde dans le domaine de la création numérique, et, débordant largement de ce cadre, dans celui de la création liée à de très nombreux champs de recherche scientifique. En 2013, c’est autour de la mémoire que les participants aux conférences, débats, performances et expositions sont invités à faire tomber les barrières entre les disciplines et à élargir l’horizon au moyen d’étonnantes combinaisons d’idées et de technologies. Installé sur les bords du Danube, l’Ars Electronica Center est l’un des lieux phare de cette manifestation qui, chaque année, fait le grand écart entre démonstrations ultra pointues et propositions grand public. Une savante et étonnante programmation.

Total Recall. Comment la mémoire se forme-t-elle dans le cerveau humain ? Pourra-t-on bientôt prévenir la maladie d’Alzheimer ? Où en sommes-nous de la cartographie du cerveau ? Que se passerait-il si nous n’avions plus d’électricité  ? La capacité à l’oubli deviendra-t-elle un droit  ? Peut-on mettre définitivement à l’abri l’ensemble de la mémoire de l’humanité  ? Autant de questions qui seront abordées par les invités du festival Ars Electronica. Cette édition 2013, intitulée Total Recall, réunira au Brucknerhaus, le centre des congrès de Linz, neuroscientifiques, informaticiens, artistes et philosophes pour plancher sur le thème de la mémoire. Ils examineront comment les hommes stockent leurs souvenirs, les préservent et aussi, parfois, tentent de les oublier. Trois axes principaux seront ainsi explorés : la définition de la mémoire en fonction de l’identité et de la culture, les moyens de stockage de cette dernière et sa conservation dans le temps.

Wir sind HIER. Le festival s’ouvrira demain à la Tabakfabrik avec une performance qui se déroulera à 20 h 30 dans la cour de cette ancienne usine de transformation du tabac, comptant parmi les fleurons architecturaux de la ville. Wir sind Hier est avant tout le nom d’un site Web lancé en juillet par Salvatore Vanasco (http://www.wir-sind-hier.org) avec le soutien de nombreux artistes. Son objectif  : permettre aux internautes de débattre sur des sujets relatifs à la conservation des données, la surveillance numérique et la censure. Quatre-vingt ans après les premiers autodafés perpétrés par l’Allemagne nazie, ce professeur d’université attire notre attention sur un monde de plus en plus sous contrôle. Son espoir  : faire entendre la voix de ceux qui s’élèvent contre toutes formes de restriction de liberté en affirmant le plus simplement du monde  : «  Nous sommes ici  !  ».

Jeudi 5 septembre à la Tabakfabrik Peter-Behrens-Platz 11.

Daniel Reetz, courtesy Ars Electronica, photo sous licence Creative Commons
DIY Book Scanners, Daniel Reetz
Le Japon, Taiwan, l’Australie et Israël en hôtes de marque. Quatre pays sont représentés durant le festival à travers une manifestation ou une exposition spécifique. Schizophrenia Taiwan 2.0 met ainsi en exergue les contradictions intrinsèques à l’état insulaire qu’est Taïwan : à la fois à la pointe des avancées technologiques et ancré dans ses traditions, terre démocratique et de corruption, ou encore marqué par l’omniprésence des Chinois aux côtés de 17 tribus austronésiennes. L’exposition IL(L) Machine – Ars Campus Israel présente, quant à elle, les travaux d’élèves de pas moins de dix écoles et universités israéliennes. Tous reflètent une réflexion sur l’imprégnation croissante de la vie quotidienne par la technologie. Initié en 1997, le Japan Media Arts Festival est devenu un rendez-vous international incontournable, tant dans le domaine de la bande dessinée et du manga que dans celui de l’animation ou des nouveaux médias. Une sélection des œuvres primées en 2013 est à découvrir à Linz. La plupart répondent au thème central du festival – la mémoire – et témoignent notamment du traumatisme causé par le tremblement de terre de 2011. Enfin, Beehive est le nom d’un projet mené par des étudiants de l’université de Technologie du Queensland, en Australie, invités par les organisateurs d’Ars Electronica à expérimenter en Autriche une nouvelle manière de garder trace d’un événement. Non pas d’un point de vue objectif, mais au contraire avec une très grande subjectivité.

The Project Genesis – Life from the Lab. Ouverte depuis un mois, l’exposition Project Genesis met en exergue une nouvelle forme d’art  : le bioArt. Utilisant les biotechnologies, certains plasticiens n’hésitent pas désormais à travailler directement avec le vivant, à manipuler autant les boîtes de Pétri que les tubes à essai. Fleurs et animaux revêtent alors des couleurs improbables et certaines bactéries prennent la pose  ! Installée sur deux étages de l’Ars Electronica Center, Project Genesis présente dix-huit pièces réalisées par des artistes venus d’Allemagne, d’Australie, d’Autriche, d’Espagne, de France, de Grande-Bretagne, d’Inde, d’Irlande, du Japon, de Lettonie et de Suisse. Une série de projets créée sous la houlette du Studiolab, véritable plate-forme pour l’innovation à la croisée de la science, de l’art et du design dont la mission est de tenter la fusion entre l’atelier d’un artiste et un laboratoire de recherche scientifique.

Alisa Goikhman, courtesy Ars Electronica, photo sous licence Creative Commons
LangWidgets, Navigation System for Semantic Fields, présentée dans le cadre de l’exposition@IL(L) Machine, Alisa Goikhman
Olafur Eliasson, photo Reinhard Haider, courtesy Lentos, Neugerriemschneider (Berlin) et Tanya Bonakdar Gallery (New York)
Vue de l’installation@Your cosmic campfire, au Lentos Kunstmuseum de Linz, Olafur Eliasson, 2011-2013
Escapade espagnole. Organisée cet été par l’Ars Electronica Center en collaboration avec l’institution culturelle hôte, l’Alhóndiga Bilbao, l’exposition Artists as Catalysts (Les artistes en tant que catalyseurs) s’articule autour de trois thèmes principaux  : «  Environnement et développement durable  », «  Contrôle et manipulation de notre monde médiatisé  » et «  Trouver sa voix et s’exprimer  ». Les œuvres présentées provoquent et surprennent le visiteur, perturbent ses perceptions, lui montrent, aussi, combien l’art peut faire partie de la vie de tous les jours. Elles questionnent les notions d’espaces public et privé, de surveillance et de contrôle, englobent des processus qui, de naturels ou artificiels, deviennent artistiques et interactifs. Ces installations jouent un rôle de catalyseur et ouvrent le débat. L’exposition se veut un point de départ, car si le fait de «  s’exprimer  » est le thème central, il est à prendre au sens propre et appelle à l’action. Avec les œuvres de Seiko Mikami, Julian Oliver, Daniil Vasiliev, Paolo Cirio, Alessandro Ludovico, Manu Luksch, Matthew Gardiner, Euh Zarata Lab, Daan van den Berg, Eric Paulos, Cesar Harada et Finnbogi Pétursson.

Jusqu’au 8 septembre à l’Alhóndiga Bilbao, Plaza Arriquibar 4, 48010 Bilbao, Espagne. Tél.  : +34 944 014 014  ; http://export.aec.at/bilbao2013/ et www.alhondigabilbao.com

A festival éclectique, prix éclectiques  ! Lancé il y a 26 ans, le prix Ars Electronica est aujourd’hui considéré comme un témoin essentiel des tendances de la scène artistique mondiale des nouveaux médias. Il se subdivise en sept catégories principales  : «  Film d’animation, vidéo et effets spéciaux  », «  Musiques numériques et art sonore  », «  Art interactif  », «  Art hybride  », «  Communautés numériques  », «  [The Next Idea]  » (prix Voestalpine) et «  Créer votre monde  » (à destination des jeunes Autrichiens de moins de 19 ans). Quelque 4 071 projets en provenance de 73 pays ont été soumis cette année au jury. Les Golden Nicas seront remis ce vendredi 6 septembre lors d’une cérémonie organisée au Brucknerhaus. Pour connaître le détail (en anglais) des propositions récompensées, suivez le lien ! A noter  : l’appel à candidature, lancé conjointement par le Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire basée près de Genève) et Ars Electronica, pour la troisième édition du prix Ars Electronica Collide@CERN est ouvert jusqu’au 26 septembre. Le gagnant se verra offrir un double temps de résidence au Cern et au Centre Ars Electronica destiné à enrichir sa démarche au gré de rencontres avec des scientifiques.

Patricia Piccinini, photo Tom Mesic sous licence Creative Commons, courtesy Ars Electronica
The Listener, présentée dans le cadre@de Project Genesis, Patricia Piccinini
La féérie d’Olafur Eliasson

L’artiste dano-islandais est actuellement l’invité du Lentos Kunstmuseum de Linz, dans le hall duquel est déployée, sur quelque 800 mètres carrés, l’une de ses installations hautes en lumière et en couleurs. Your cosmic campfire (2011) s’articule autour d’une lampe placée sur un trépied – évoquant une ancienne lanterne de phare – et disposée au cœur d’un espace délimité par des pans de murs colorés, mais plongé dans l’obscurité. Lorsqu’il pénètre dans la pièce, le visiteur devient performeur  : éclairée par le projecteur, sa silhouette prend vie sur les murs. Dans le même temps, les variations de l’intensité de la lumière influent sur sa perception des différentes teintes environnantes.

Jusqu’au 22 septembre au Lentos Kunstmuseum, Ernst-Koref-Promenade 1, 4020 Linz. Tél. : +43 (0)732 70 70 36 00,www.lentos.at.

Finnbogi Pétursson, photo Rubra
Earth, Finnbogi Pétursson
Hans Ruedi Giger, à l’honneur d’Ars Electronica 2013. Créateur d’un univers fantastique et surréaliste singulier, Hans Ruedi Giger est tout à la fois graphiste, illustrateur, sculpteur et designer. Chez lui, l’organique s’entremêle au mécanique, le fantasmagorique au cauchemardesque, l’ensemble définissant les contours d’un style qu’il qualifie de «  biomécanique  ». L’exposition qui s’ouvre demain au Lentos offre une vaste rétrospective de son travail depuis les années 1970 – il est notamment le père du célèbre et terrifiant Alien du film éponyme (1979) de Ridley Scott – jusqu’à ses récentes planches utilisées pour Prometheus (2012) – autre film du réalisateur américain. De nombreuses pièces sont présentées pour la première fois au public.

L’art biomécanique, jusqu’au 29 septembre au Lentos Kunstmuseum, Ernst-Koref-Promenade 1, 4020 Linz. Tél. : +43 (0)732 70 70 36 00, www.lentos.at

L’immanquable concert multimédia. Programmée dimanche soir à la fois au Lentos Kunstmuseum, pour la première partie, et au Brucknerhaus, la Grande nuit de concert est une manifestation annuelle qui a pour particularité de réunir musiques du XXe et du XXIe siècles, découverte d’instruments acoustiques et recours aux médias numériques. Acoustic Time Travel, de l’Américain Bill Fontana – récipiendaire en 2012 du prix Ars Electronica Collide@CERN –, ouvrira les festivités dès 19 heures. Tout au long de la soirée, chaque intermède sera l’occasion d’une performance – le Japonais Yuri Suzuki, le Hongkongais Keith Lam et la Taiwanaise Michelle Ngai comptent parmi les intervenants – ou d’une projection vidéo, notamment Ye Shanghai, de l’Italien Roberto Paci Dalo, qui évoque le ghetto juif de Shanghai pendant, et au lendemain, de la Seconde guerre mondiale.(Avec Samantha Deman)

Linz, la ville d’Ars Electronica

Chaque année, Ars Electronica est l’occasion de parcourir Linz. Cette ville fondée par les Romains fut un temps le lieu de résidence de l’empereur Frédéric III (1415-1493) et celui du célèbre mathématicien Johannes Kepler (1571-1630). Son développement tant architectural qu’économique doit beaucoup au Danube qui traverse l’est de la cité. Habilement installé dans une dizaine de lieux, le festival incite à la promenade et invite à la découverte du patrimoine architectural de la ville autrichienne, mélange harmonieux d’immeubles baroques, de bâtiments industriels réhabilités et d’ensembles très contemporains. Les festivaliers commenceront donc par se rendre au Brucknerhaus, où leur seront délivrés le programme et les informations nécessaires à leurs nombreux déplacements. De bonnes chaussures sont à prévoir, même si Linz possède un réseau fourni de tramways bien agréable pour visiter sans trop se fatiguer. En fin de journée, l’Hauptplatz – toute proche de l’Ars Electronica Center et du Lentos, musée d’art contemporain – accueille pour une petite pause les amateurs de Linzer Torte, célèbre «  tourte  » fourrée à la confiture de fruits rouges  ! Certains soirs, les plus résistants rejoindront les berges du fleuve – ne pas oublier d’emporter une petite laine, la fraîcheur tombe avec la nuit – pour assister à des spectacles alliant musique, jeux de lumières et prouesses technologiques. Ceux qui ont eu la chance d’y être en 2012 ne sont pas prêts d’oublier le somptueux et poétique ballet de robots – sortes de bras mécaniques – organisés sur le fleuve. Preuve supplémentaire que la beauté trouve partout son chemin.

Linz Tourismus Hauptplatz 1, 4020 Linz, Autriche. Tél.  : +43 732 7070 2009 www.linz-tourismus.info et www.linz.at/tourismus

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