De Cherbourg à Ajaccio – La photo s’expose sur le littoral

Stéphane Couturier, courtesy Hôtel des Arts de Toulon

De la lumière singulière du littoral du Cotentin aux murs d’une cité d’Alger, en passant par une rétrospective du travail de l’Américain Andres Serrano, les thèmes les plus divers sont abordés au fil d’une série d’expositions photographiques programmées cet été sur les côtes françaises. En voici un aperçu.

Concentré de sensations

Christophe Bourguedieu a conquis une place incontournable dans le paysage de la photographie française. Réalisés de 1998 à 2013 en Finlande, aux Etats-Unis, en Australie et en France, ses ensembles présentés au Point du jour, à Cherbourg, dressent un état des lieux. Pas de description ni de narration mais un concentré de sensations et de pensées diffuses, à libérer d’un regard pour qu’une fiction commence à surgir. Ici ou là, on reconnaît des personnages absorbés en eux-mêmes, des petits bâtiments dont on ne voit pas les habitants, des bords de ville et des bouts de nature. Intensément suggestif !

L’Etat des lieux, jusqu’au 5 octobre au Point du jour à Cherbourg-Octeville.

Christophe Bourguedieu

Objectif Esnandes et son quotidien

Originaire de Maillezais, dans le Marais poitevin, Pascal Baudry sillonne la Vendée armé de son appareil photo depuis l’adolescence. Cette fois-ci, il s’est intéressé au village d’Esnandes et à ses environs. A la demande du Parc interrégional et pour le compte de la Maison de la baie du Marais poitevin, le photographe a parcouru ces paysages dont il a choisi de montrer les détails du quotidien que l’œil ne voit plus. Sensible aux odeurs, aux lumières et aux couleurs, il en nourrit son imaginaire. Il s’intéresse aussi à l’humain dans son environnement, ce à travers des portraits. Il a également réalisé avec l’écrivain Yves Viollier, et en partenariat avec le Conseil général de la Vendée, trois livres et une série d’expositions sur le thème des saisons.

Fenêtre ouverte sur Esnandes, jusqu’au 2 novembre à la Maison de la Baie du Marais Poitevin à Esnandes.

Pascal Baudry

Toute la lumière du Cotentin

Jérôme Houyvet a parcouru 350 kilomètres du littoral du Cotentin pour en saisir la richesse et la diversité ; s’attardant sur chaque petite crique, falaise, port ou plage. Ce sont ainsi plus de 50 clichés qui sont exposés en extérieur et en grand format (120 x 80 cm), jusqu’au 28 septembre au Manoir du Tourp, espace culturel dédié à la valorisation du territoire et du patrimoine local situé à Omonville-la-Rogue. Cette balade photographique est intitulée Lumières marines du Cotentin, un nom proche de celui que porte la galerie ouverte par le photographe – Lumières marines – dans son village natal, Barfleur, où il revient après chaque voyage dans les îles du Pacifique. Car Jérôme Houyvet est autant passionné d’images que de sports de glisse. Plusieurs mois par an, il part photographier les exploits des surfeurs. Ses photos du littoral du Cotentin sont aussi rassemblées dans un ouvrage publié en mai aux éditions Big Red One.

Jérôme Houyvet

Lumières marines du Cotentin, jusqu’au 28 septembre au Manoir du Tourp à Omonville-La-Rogue.

Le portrait de la cité Climat de France à Alger

Jérôme Houyvet

L’Hôtel des Arts de Toulon a passé commande à Stéphane Couturier afin qu’il pose son regard d’ancien photographe d’architecture devenu plasticien sur la cité Climat de France, réalisée à Alger par Fernand Pouillon. Un ensemble d’édifices, construit au milieu des années 1950, qui servit notamment de fief aux islamistes en 1990. Le photographe-vidéaste de 55 ans, né à Neuilly-sur-Seine, y a promené son appareil et sa caméra afin de produire une radiographie architecturale, mais aussi humaine, du lieu. Ces images, toujours très graphiques, s’attachent à retranscrire, à l’intérieur d’un cadre, le fourmillement de cette ville dans la ville. S’il a tourné le dos à la photographie d’architecture, il ne renie pas son intérêt pour l’univers construit. Mais l’artiste ne veut plus magnifier un bâtiment en sujet unique, isolé de tout contexte. Ses grands formats regorgent de détails qui habitent et entourent ces édifices. Tout devient sujet : du linge étendu aux fenêtres, un balcon en mosaïque, une parabole… Et finalement, les habitants se réapproprient l’architecture des lieux.

Alger, Cité Climat de France, jusqu’au 28 septembre à l’Hôtel des Arts de Toulon.

Stéphane Couturier, courtesy Hôtel des Arts de Toulon

Andres Serrano, le provocateur

A l’occasion de la première exposition d’Andres Serrano en Corse, organisée par le Musée Fesch en collaboration avec la Collection Lambert d’Avignon, plus de 120 œuvres sont offertes au regard du public. Certaines sont mises en résonance avec le fonds de l’institution, comme Nature morte (2012) installée dans le grand couloir des peintures italiennes. Certaines séries, en revanche, sont accrochées dans des salles dédiées. Ainsi en est-il de The Morgue (1999), qui montre des détails de cadavres, ou History of Sex (1997), mais aussi d’une partie de la célèbre série America (2003), qui fait écho à un récent travail consacré à un retour aux origines de l’artiste : Cuba (2013). Né en 1950 à New York, où il vit et travaille, d’une famille afro-cubaine venue du Honduras, Andres Serrano a pour habitude de produire des œuvres éloquentes et souvent provocantes. Le musée a d’ailleurs choisi d’exposer la très controversée photographie Piss Christ – appartenant à la série Fluids –, qui montre un crucifix plongé dans un mélange constitué d’urine et de sang de l’artiste et qui a créé la polémique tant aux Etats-Unis qu’en France. En 2011, à Avignon, elle a été vandalisée.

Le culte du morbide et l’idéal de beauté, jusqu’au 29 septembre au Palais Fesch – Musée des beaux-arts à Ajaccio.

Retrouvez cet article et quelque 300 événements estivaux d’art contemporain, sélectionnés par notre rédaction en France et en Europe, dans le numéro spécial Eté 2014 de l’e-magazine pour tablettes numériques ArtsHebdo|Médias. Téléchargez à cet effet gratuitement notre application sur l’Appstore ou sur Google Play.

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