Pat Andrea à Perpignan – Sous les jupes des filles

Pat Andrea, photo MLD, courtesy A cent mètres du centre du monde

Dans la famille Andrea, il y a le père, Pat, qui fut à la fin des années 1970 l’un des hérauts du mouvement de la Nouvelle Subjectivité et développe depuis une œuvre figurative et énigmatique, où le sexe, la violence et la mort jouent un rôle prépondérant. Il y a la mère, Cristina Ruiz Guinazu, qui nous livre les paysages de son enfance comme elle écrirait un conte. Il y a le fils, Mateo, dont les toiles traitent de l’ambivalence de l’amour et, enfin, il y a la fille, Azul, qui articule sa démarche plastique autour des notions de pays et d’appartenance. Tous les quatre sont réunis le temps d’une exposition, à découvrir jusqu’au 17 juin à Perpignan.

«  Si je peux me permettre quelques visions audacieuses, et sans entrer dans le détail voici comment je nous qualifierais  : moi-même un virtuose classique perverti, Cristina, une pompière primitive, Mateo, le dessinateur enragé, Azul, l’espace, et le concept en plus…  »  : une explication livrée à Philippe Ancelin par Pat Andrea dans le texte d’introduction de l’exposition présentée actuellement à Perpignan par le lieu d’art A cent mètres du centre du monde. Andrea Family, All 4 in Art  ! propose sous le même toit de découvrir les œuvres des quatre membres de la famille du peintre. Un phénomène suffisamment rare pour piquer la curiosité. Si la part la plus importante du centre d’art perpignanais revient naturellement à Pat Andrea, les autres ne sont pas négligés pour autant. Ce sont en réalité quatre expositions auxquelles le visiteur est finalement convié. Habitude très appréciée du lieu  : une vidéo introduit le parcours et nous en apprend un peu plus long sur chacun des protagonistes de cette aventure de création. «  On est une famille dans laquelle tout le monde est artiste  », y affirme simplement le «  patriarche  » avant d’enchaîner sur son art. Mais, éloignons-nous et passons la parole à Cristina, son épouse. Née dans un petit village d’Argentine, elle nous explique travailler sur la mémoire  : «  La mienne et celle de l’humanité  ». Installées en mezzanine, ses toiles sont une plongée dans le monde des rêves. Difficile dans cet endroit qui tire son nom des fantaisies de Salvador Dali de ne pas évoquer un certain surréalisme. Un corps flotte au milieu du tableau, son ombre projetée au sol vient marquer une surface plate et jaune. Des enfants regardent le spectacle, l’un d’entre eux tient dans sa main droite une aile déployée et ensanglantée. Assis à quelques mètres de là un angelot porte un pantalon bleu. L’œuvre raconte une histoire intime aux ondes universelles. Emaillée de symboles et d’évocations mythologiques, chacune des peintures exposées fait des allers et retours entre l’expérience singulière d’un être et ce qu’il a de commun avec toute l’humanité.[[unique-h440:4]]

[[unique-h480:3]]A l’étage, c’est Azul, la fille de Pat et Cristina qui donne à voir différents travaux. Ici, ni huile, ni acrylique, mais des tirages photographiques transparents aux accents picturaux et mystérieux ainsi que d’autres pièces qui évitent soigneusement les coups de pinceaux. Suspendues à trois fils parallèles, tirés de part et d’autre de la pièce, des couvertures de survie affichent les mots passado, presente et futuro. Un résumé de vie, cristallisé par l’intitulé de l’installation  : Ser, être en espagnol. Au-delà des quelques marches qui se présentent alors, une vaste salle réservée aux dessins de Mateo, le frère d’Azul. «  Je ne me considère pas comme peintre mais comme dessinateur  », précise celui qui appose son trait non sur du papier mais sur de la toile. La série qui orne les cimaises illustre les récents travaux de cet ancien élève des Beaux-Arts de Paris. Inspirées par une déception amoureuse, les scènes qui se déroulent sous nos yeux dressent un portrait de la femme entre bête fauve et être maléfique. De sa bouche s’échappe un souffle de mort, des crânes apparaissent sans cesse pour accompagner son visage d’ange, elle hurle et invective. Aussi intéressantes que sont les œuvres des membres de sa famille, celles de Pat Andrea ont le dernier mot. Installées au rez-de-chaussée, les grandes toiles du peintre viennent comme autant de coup de poing se ficher dans l’abdomen. «  Les sujets ne sont pas réfléchis. Je commence avec des formes plastiques  », explique-t-il. Des personnages féminins évoluent dans des décors aux éléments architecturaux qui cadrent une composition que tables et tabourets viennent souvent compléter. Une femme sans buste, une autre à la tête de géante, une troisième aux yeux exorbités focalisent l’attention. Il y a de la démesure dans cette peinture à la fois réaliste et graphique qui piège le regard. Pat Andrea, qui n’a pas hésité à dessiner à même un mur du centre d’art, fait se succéder des arrêts sur image, comme autant de temps suspendus. Il nous enferme dans des huis clos insoutenables et nous oblige à assister à des explosions effrayantes, gênantes parfois aussi. Impossible d’évacuer le caractère sexuel de cette peinture qui nous livre les fantasmes de femmes enfants. «  Le contenu érotique de mes tableaux est très présent. J’espère qu’il l’est de manière intéressante  », confie l’artiste face à la caméra.[[double-v180:1,2]]

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