MatchArt en ligne – Le créer ensemble

MatchArt est une jeune plateforme numérique née de la rencontre entre Isabelle de Maison Rouge et Frédéric Lorin. Evoluant depuis plus de 20 ans dans le milieu de l’art contemporain, la première, historienne de l’art et commissaire d’exposition, a acquis une expérience multiforme partagée au fil de nombreux colloques, conférences, tables rondes, interviews et autres essais. Le second, juriste financier, est également un collectionneur engagé et investi dans plusieurs associations d’amis d’artistes et/ou soutenant l’art contemporain. Avec MatchArt, ils proposent de (re)nouer des liens entre artistes – dix* sont actuellement répertoriés sur la plateforme – et amateurs d’art par le biais d’un processus en six étapes débutant par un projet d’œuvre participative proposé par l’artiste, jusqu’à la livraison de la pièce, en passant par plusieurs temps de rencontre et d’échange. Quelques précisions avec Isabelle de Maison Rouge.

ArtsHebdoMédias. – Qu’est-ce qui a motivé la création de la plateforme MatchArt ?

Isabelle de Maison Rouge. – Au fil des ans, j’ai pu constater que beaucoup de collectionneurs souhaitaient aller à la rencontre des artistes, tandis que nombre d’artistes confiaient aimer travailler avec des collectionneurs. Toutefois, l’écosystème de l’art, tel qu’il existe actuellement, ne répond pas à ce désir mutuel d’échanger et de partager des expériences artistiques de la part de ces deux groupes d’acteurs de l’art contemporain. C’est à partir de ce constat, et à travers un travail de recherche approfondi – décrit dans le cadre d’une thèse –, que j’ai créé ce concept de mise en relation des artistes avec les amateurs d’art. De son côté, Frédéric Lorin a observé que les sites Internet relatifs à la promotion des artistes étaient souvent sans originalité, ne proposant qu’un catalogue des œuvres du créateur ; quant aux galeries virtuelles, elles sont légion sur la Toile et aucune ne permet de créer un lien personnel entre l’artiste et le collectionneur. MatchArt est née du besoin ressenti de proposer autre chose au « marché », de ce désir de recréer des liens, d’associer (« to match with » en anglais) un artiste à un collectionneur, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’une entreprise.

Quels ont été les critères de sélection des premiers artistes et/ou projets déjà en ligne ?

Nous avons retenu dans un premier temps des artistes de la scène française, car il nous semble important de leur apporter un soutien. Par ailleurs, nous avons sélectionné des artistes qui incluent déjà dans leur pratique des œuvres participatives comme nous l’entendons.

Pourriez-vous préciser ce que vous entendez par « œuvre participative » ?

A la différence d’un art participatif ouvert au plus grand nombre, où l’artiste n’est pas présent et s’implique peu, l’art participatif selon MatchArt se joue en « one to one » entre l’artiste et le collectionneur. Tout le projet repose sur la nature de la relation qui va s’établir entre les deux personnes et qui se développe dans un respect mutuel. Le concept s’ancre sur ce qu’il advient d’un point de vue esthétique au cours de cet échange, dans l’« être ensemble » qui en découle et le sens que chacun en retire.

En quoi est-ce différent d’une commande ?

Dans le cas d’une commande classique, l’artiste se plie aux désirs du commanditaire – « Faites mon portrait accompagné de mon chien et de ma voiture. » – ; dans celui d’une commande carte blanche, le collectionneur laisse libre choix à l’artiste d’intervenir dans les lieu et cadre qui lui sont impartis. Dans le processus proposé par MatchArt, chaque œuvre créée découle d’une idée originale de l’artiste. L’amateur d’art apporte de son côté à ce dernier sa collaboration matérielle, ou immatérielle, afin de créer avec lui cette œuvre qui devient participative, car elle ne peut exister qu’après une rencontre entre l’artiste et l’amateur – auquel elle ressemblera. L’œuvre est opérante dans l’action et non dans l’objet.

Qu’est-ce que cela apporte, selon vous, respectivement à l’artiste et à l’acheteur ?

Le but est de donner une autonomie économique à l’artiste en misant sur un type d’échange qui se différencie du système de l’économie marchande sur lequel repose le marché de l’art. MatchArt ouvre une voie spécifique pour les pratiques artistiques dans l’économie immatérielle qui débouche sur une rencontre bien réelle entre un artiste et un amateur. La plateforme ne vend aucune œuvre existante, mais met en relation. L’œuvre n’existe que dans la mesure où a lieu cet échange ; lequel enrichit, par une expérience artistique, les personnes réunies dans cette « zone d’association temporaire » mise en place. L’œuvre participative implique le collectionneur dans une posture de producteur et lui donne l’occasion d’expérimenter un rôle actif dans cet espace d’opportunité ainsi créé, ce dans un rapport de confiance. Cette démarche demande à l’artiste d’être souple, car il lui faut accepter qu’une autre individualité vienne prendre place dans son processus créatif ; cela lui offre aussi la possibilité d’être en contact direct avec son public.

 

* Bernard Bousquet, Anne Cindric, Gael Davrinche, Milène Guermont, Julie Legrand, Marie Lepetit, Eric Michel, Orcalyde, Laurent Pernot et Jeanne Susplugas.

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