Markus Schinwald à Louvain – Dans les profondeurs de l’inconscient

Markus Schinwald © photo Isabelle Arthuis

Depuis son intervention magistrale pour le pavillon autrichien à la Biennale de Venise en 2011, l’artiste viennois Markus Schinwald (né en 1973 à Salzbourg) a le vent en poupe. Alors que s’achève le 13 décembre prochain son exposition personnelle au CCA Wattis Institute à San Francisco, le M–Museum Leuven accueille sa première rétrospective en Belgique. Plasticien et grand maître de la mise en scène, l’artiste, pour chacune de ses expositions, métamorphose l’ensemble des espaces mis à sa disposition pour créer un univers étrange que le spectateur se doit d’expérimenter pour en saisir le message.

Pluridisciplinaire dans sa pratique, Markus Schinwald utilise tour à tour la peinture, la vidéo, la photographie, l’installation, la performance, le théâtre, la danse et même l’art du marionnettiste. De sa formation de designer de mode, l’artiste a conservé un intérêt certain pour le corps humain, s’intéressant à ses capacités et ses limitations, tant sur le plan physique que psychologique. Le corps comme représentation de l’individu, mais également comme construction culturelle, asservi tantôt par la norme, tantôt par des espaces imposés. Dans un processus de manipulation et d’altération des corps et de leur environnement, il nous offre une vision mouvante et fragmentée de son imaginaire. Subtilement mises en scène, ses œuvres disséminées dans un décor théâtral, à la manière d’un puzzle à reconstruire, suscitent tout à la fois un sentiment d’instabilité et de mystère. Comme ce réseau de tiges de laiton traversant de part en part l’espace d’exposition et accueillant des sculptures de bois faites de pieds de tables de style Chippendale. Le matériau, après avoir été découpé et retravaillé par l’artiste, ne manque pas d’évoquer le corps objet dans une danse silencieuse et sensuelle.

© photo: Dirk Leemans
Markus Schinwald, 2014
courtesy of CCA Wattis Institute, Photo by Johnna Arnold.
vue de l’exposition au@ CCA Wattis Institute, Markus Schinwald, 2014

Un ballet aux motivations secrètes

Le mouvement, par opposition à l’inanimé, est une autre constante dans l’œuvre de Markus Schinwald ; en témoignent ces petits poissons colorés et bien vivants que l’on retrouve dans cinq décors aquatiques, imaginés pour le M-Museum. Plongés dans l’obscurité d’une salle, les aquariums dévoilent un ballet aux motivations secrètes et empreint de sérénité. Plus loin, des poupées animées évoluent dans un fracas stressant. Ici, la chorégraphie se compose de gestes banals proches du tic nerveux. Mais le mouvement, c’est aussi celui du visiteur, qui déambule dans l’exposition, et celui de l’architecture mobile imaginée par l’artiste – présentant des toiles et manipulable à volonté –, jouant avec la perspective.

Markus Schinwald
Titre, Markus Schinwald, Année

A l’occasion de cette rétrospective, sont présentées les pièces les plus récentes de l’Autrichien. Partant toujours de peintures préexistantes, glanées dans les brocantes ou dans les salles de vente, l’artiste restaure, prélève un élément, ajoute des détails… et fait renaître ces œuvres sous une autre identité. Pour cette série de grands formats, il définit son travail comme une tentative à mi-chemin entre une peinture abstraite et un espace physique.

Markus Schinwald  © photo: Dirk Leemans
Extension 1, Markus Schinwald, 2013

L’architecture des corps, qu’il souligne par des prothèses dans ses portraits présentés au CCA Wattis Institute, comme celle des espaces qu’il transforme au gré de ses envies, sont autant de moyens pour exprimer la complexité des profondeurs de l’inconscient. Des mythes empruntés à l’histoire de l’art, en passant par les thèmes psychanalytiques et les théories culturelles, entre désir, aliénation et fétichisme contemporain, l’œuvre de Markus Schinwald offre un point de vue singulier sur l’être humain. Dans cet univers fantasmagorique, l’œuvre est bien plus à explorer qu’à regarder.

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