Nikola Zaric – Ses lapins n’ont pas les yeux roses

Nikola Zaric

« Je travaille l’argile que je pétris, taille, incise et frappe. Je tends ainsi ses volumes et lui donne sa forme de vie », confiait Nikola Zaric au journal suisse 24 Heures il y quelques mois. Depuis plus de vingt ans l’artiste se frotte à cette terre glaise qu’il affectionne grandement ; il la travaille, la malaxe ou la rudoie jusqu’à ce qu’elle lui livre, bon gré mal gré, les traits de l’animal qui le hante ; puis il moule la pièce dans le plâtre et, enfin délivré, lui offre une parure digne de l’épreuve traversée : en ciment ou en béton. Cette « connivence poétique avec la matière », l’homme la revendique. « Et je tiens, précise-t-il, à ce que mes pièces gardent la trace de ces métamorphoses successives, afin qu’elles témoignent de l’outil, des coutures du moulage, restes de plâtre et imperfections. »

Ingénieur forestier de formation, le sculpteur suisse voue à la nature, et aux bêtes qui y évoluent, une affection profonde, teintée d’humour, avec une tendresse particulière pour les lapins, guère moins excentriques que ceux de Lewis Carroll, même s’ils ne sont pas vêtus de blanc, ne portent pas de redingote rouge et n’ont pas les yeux roses… L’environnement, le paysage, et la façon dont une œuvre va pouvoir s’y fondre participent de sa recherche. Ses personnages à tête animale et corps humain, rappellent, eux, les dieux anthropomorphes de l’Egypte ancienne, figures évocatrices de puissance sereine et infaillible. Son œuvre évoque les relations millénaires et privilégiées développées entre les hommes et les animaux, ainsi que les affrontements, complicités, mythes et légendes qui en ont résulté.

L’artiste expose actuellement dans le cadre de la quatrième Triennale internationale de la sculpture organisée à Bad Ragaz, en Suisse. Pendant six mois, l’art investit les rues, squares et places de cette petite ville du canton de Saint-Gall et de sa voisine du Lichtenstein, Vaduz. L’œuvre de Nikola Zaric y est représentée par Barbilapin, clin d’œil à une certaine poupée qui vient de souffler ses cinquante bougies, et Le Château Lapin, une installation mettant en scène une partie de babyfoot géant, animée par une joyeuse équipe de douze lièvres. Montés sur balancier, ils attendent patiemment la main du visiteur qui viendra les mettre en branle et engager la partie. Quelque 400 sculptures au total, soit 80 artistes originaires de 15 pays sont ainsi offertes au regard des passants, amateurs et curieux, et réparties sur un vaste espace de rencontre, d’échange et de dialogue.

« La sculpture est une amarre, vient d’ailleurs rappeler Nikola Zaric, plus que jamais, j’ai la conviction que l’on a besoin de se rattacher à des œuvres habitées, de celles qui offrent l’hospitalité, transmettent la paix. De celles qui appellent au partage d’une vision poétique, qui incarnent un respect de soi oublié, confirmant que la vie était, et demeure, un don. »

Nikola Zaric courtesy Festival de sculpture de Bad RagARTz
Barbilapin, ciment polychrome, Nikola Zaric

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