Openairs à Liège – Le gonflable dans l’air du temps

Claude Levêque, photo S. Deman

Une jolie maisonnette blanche et grise s’élève entre deux immeubles de brique sombre, un char d’assaut tout doré est niché comme en embuscade au détour d’une ruelle, un bateau aux couleurs vives trône fièrement sur le toit d’un petit salon de thé… Telles sont quelques-unes des rencontres insolites proposées dans le cadre du festival Openairs, qui se tient actuellement à Liège, en Belgique, où l’art public occupe une place particulière depuis une dizaine d’années. L’artiste wallon Johan Muyle – qui aime s’inscrire dans des projets questionnant la place de l’art contemporain dans la réalité politique, sociale, historique ou culturelle – en est le directeur artistique. C’est lui qui a eu l’idée de convier des plasticiens à créer une œuvre originale en utilisant un matériau plastique gonflable, média qui apparaît «  de façon récurrente sur la scène de l’art actuel, mais n’est souvent que ponctuelle dans le parcours d’un artiste  », observe-t-il. «  Openairs regroupe des artistes de ma génération comme ORLAN, Claude Lévêque, Peter Kogler, Elvis Pompilio et des plasticiens plus jeunes avec Audrey Frugier, Sophie Giraux et Frédéric Platéus. (…) Outre les affinités artistiques qui définissent ma relation avec eux, leur vocabulaire plastique se dote des compétences requises pour répondre au défi de la sculpture monumentale.  » Petite visite guidée.

Claude Levêque. Une ruelle sinueuse mène à l’impasse des Ursulines où se dresse un imposant char d’assaut. Recouvert d’une pellicule dorée, il vient crier toute la duplicité des médias lorsqu’ils se font l’écho de faits d’armes sur le mode «  glamour  ». Se posant sans complaisance comme le témoin d’une époque où la violence se tient en embuscade derrière l’industrie du rêve, l’artiste français fait part de son désenchantement face au monde contemporain, questionnant sans relâche «  le machiavélisme, le refoulement, la psychopathie et la standardisation ». www.claudeleveque.com

Audrey Frugier. Dans un angle de la place Saint-Barthélémy, une maisonnette tout droit sortie d’un univers de poupées se presse fièrement contre un immeuble de brique. La plasticienne française se joue ici des codes architecturaux pour venir matérialiser la «  façade  » révélatrice de notre inscription en société. Plus généralement, Audrey Frugier explore à travers son travail la notion de sacralité de l’esthétique et celle de jugement de goût qui lui est associée, la question du genre ou encore celle du paraître en société.www.audreyfrugier.com

Audrey Frugier,
Life is magnifique ®, PVC imprimé (6 x 10 m), Audrey Frugier, 2012
Sophie Giraux. Suspendue à une arcade surplombant la petite rue de la Poule, une énorme sphère lumineuse et blanche veille sur les passants, les invitant à ralentir le pas pour mieux prêter attention au patrimoine environnant. L’objet, aussi insolite que poétique, appartient au vocabulaire récurrent utilisé par la jeune artiste française pour interroger le temps, le fini et l’infini, la mémoire et l’oubli, le regret comme le souvenir. www.sophiegiraux.fr

Sophie Giraux, photo S. Deman
Variations, polyester, ampoule halogène (160 cm de diamètre), Sophie Giraux, 2012
Johan Muyle. Une drôle d’embarcation rouge tangue sur le toit d’un petit salon de thé bordant la place du Marché. Malgré son naufrage imaginaire, elle semble continuer de tenter d’aller de l’avant et délivre un singulier message d’espoir. Créateur d’un monde peuplé d’objets inattendus, le plasticien wallon – et directeur artistique du festival Openairs – poursuit son exploration de l’histoire de son pays et de la culture populaire, tout en proposant un regard critique et poétique sur l’époque actuelle. www.johanmuyle.com

Johan Muyle, photo courtesy Service culture de la Province de Liège
Fluctuat nec mergitur, PVC imprimé (10 x 5 x 4 m), Johan Muyle, 2012

Peter Kogler. Des fourmis géantes s’activent sur un grand carré posé au sol. La vision est étonnante et tranche avec le calme émanant du cloître du Musée de la Vie wallonne qui abrite l’œuvre du plasticien autrichien. Celui-ci évoque ici la perte de l’identité humaine au sein d’une société surpuissante et régie par le profit. Peter Kogler travaille à partir de motifs numérisés – qu’il reproduit de façon régulière dans ses installations, ses vidéos, ou sur Internet –, qui deviennent des signes dans des compositions intimant l’horreur du vide, des espaces clos inquiétants. www.kogler.net

Peter Kogler, photo S. Deman
Untitled, polyester imprimé (40 x 12 x 12 m), Peter Kogler, 2012
ORLAN. A l’image de Marianne dressée sur les barricades ou bien de la statue de la Liberté, une femme – aux traits de l’artiste française – est adossée à une pelleteuse et brandit… un flacon ! La scène pour le moins incongrue se déroule devant la façade solennelle du palais des Princes-Evêques. Mettant en scène son corps qu’elle remodèle et décline inlassablement, ORLAN tourne ici symboliquement le dos au pouvoir, incarné par l’actuel siège du palais de Justice et du gouvernement provincial, et affirme la revendication individuelle de la femme dans la société. www.orlan.ne

ORLAN, photo S. Deman
De la mesure à la démesure, polyester (7 x 3 x 3 m), ORLAN, 2012
Frédéric Platéus. Sa silhouette mystérieuse évoque un petit engin spatial, un objet dit «  non identifié  » qui se serait échoué au beau milieu de la cour de l’école située place Crève-Cœur. Issu du Street art, l’artiste liégeois en a conservé le goût pour le signe, pour le tag qu’il travaille aujourd’hui sous forme tridimensionnelle. Poursuivant l’élaboration d’un vocabulaire atypique, Frédéric Platéus s’inspire ici de formes géométriques simples et se réfère – pour leur visibilité – aux codes couleurs en usage dans le répertoire du matériel de survie (orange, blanc et noir). www.fredericplateus.com

Frédéric Platéus, photo S. Deman
Inflatable life rescue, polyester (6 x 6 x 3 m), Frédéric Platéus, 2012
Elvis Pompilio. A l’occasion d’Openairs, le chapelier et modiste belge, qui défend l’utilité sociale de l’accessoire vestimentaire, a imaginé un couvre-chef… gonflable ! Un clin d’œil ludique et original qui vient appuyer l’idée maîtresse de la manifestation : celle du partage et de l’accessibilité. Le chapeau d’Elvis est en vente (35 euros) au point info situé au sous-sol des Galeries Saint-Lambert (place Saint-Lambert). www.elvispompilio.com

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