Au Mac/Val à Vitry-sur-Seine – Un été cosmopolite

S’inscrivant dans la programmation de l’Année France-Vietnam, tout en soulignant les liens entretenus de longue date entre le pays asiatique et le département du Val-de-Marne – dont témoigne, entre autres, la présence d’une communauté vietnamienne importante –, le Mac/Val de Vitry-sur-Seine accueille cet été le fruit d’une double résidence effectuée au printemps par Jun Nguyen-Hatsushiba et Nguyen Manh Hung. Les vidéos et installations de l’un et les peintures et sculptures de l’autre offrant un intéressant focus sur la scène artistique vietnamienne. Dans l’espace de la collection, Valérie Jouve présente, quant à elle, un projet collectif mené avec quatre femmes de Jéricho, en Palestine, dressant leur portrait à partir de la relation au territoire entretenue par chacune. Autre invitée estivale du musée, Halida Boughriet propose de recréer le cycle de la vie par le biais de la rencontre, du rassemblement et de la séparation de ses «  corps de masse  ». Et pour marquer le coup d’envoi des grandes vacances, le Mac/Val vous invite les samedi 5 et dimanche 6 juillet à venir pique-niquer au jardin dans le cadre d’«  Oh les beaux jours  », manifestation – entrée libre de 12 h à 19 h – notamment rythmée par une performance de Charlie Jeffery et une installation signée Guillaume Constantin.

Depuis quelques années, le Vietnam connaît une vague de retour des «  Viet Kieu  », la diaspora vietnamienne, une situation qui favorise l’émergence d’une scène artistique contemporaine. Jun Nguyen-Hatsushiba en est un parfait exemple  : né à Tokyo en 1968, il a suivi des études d’art à Chicago, puis à Baltimore avant de revenir s’installer à Hô Chi Minh-Ville. Un parcours qui lui inspire des interrogations récurrentes sur le concept de citoyenneté, la représentation des souffrances de l’exil ou l’étude de l’influence des flux migratoires sur la musique. L’aspect international de sa démarche prend un tour encore plus particulier en 2007, lorsqu’il lance son projet Breathing is free, dans le cadre duquel il entend parcourir le diamètre de la terre, soit 12 756 km, en une quinzaine d’années. Lors de sa résidence au Mac/Val, d’avril à juin 2014, il s’est intéressé à l’histoire de la musique rock anglaise et américaine et à ses connections avec l’immigration, et a développé avec l’aide d’un informaticien un logiciel permettant de retranscrire une abscisse et une ordonnée pour toute note de musique communiquée. Reliés les uns aux autres, les points représentatifs des notes forment ainsi des lignes et des courbes, évoquant pour l’artiste le va-et-vient de l’exilé. Une œuvre par ailleurs participative, puisque le visiteur est invité à prendre le micro afin de créer son propre dessin, téléchargeable ensuite sur le site du musée. L’installation interactive de Jun Nguyen-Hatsushiba côtoie les peintures absurdes et drôles de Nguyen Manh Hung. La série, entamée au Vietnam et poursuivie en résidence au Mac/Val, est le fruit d’une procédure invariable suivie par l’artiste  : celui-ci chine des toiles, représentations populaires de paysages européens, à des prix dérisoires sur des marchés aux puces, avant d’y ajouter ses propres personnages – autoportraits, soldats –, créant un décalage aussi séduisant qu’intriguant. S’appuyant sur des éléments qui ont marqué l’histoire du Vietnam à travers la confrontation des cultures savantes et populaires, Nguyen Manh Hung mène avant tout un travail sur la mémoire personnelle. Il cherche ainsi notamment à créer un lien entre une tradition picturale tournée vers la représentation des scènes de la vie quotidienne et une iconographie liée aux souvenirs de la guerre, très présente dans l’imaginaire collectif, et qu’il doit à son père, ancien pilote.

Halida Boughriet courtesy Mac/Val
Série Corps de masse, Halida Boughriet, 2013
Après le Vietnam, c’est une escale en Palestine que propose le Mac/Val en accueillant le projet photographique collectif initié par Valérie Jouve et mené avec quatre habitantes de la région de Jéricho. Située à 250 m sous le niveau de la mer, cette oasis en plein désert surnommée «  Ville de la lune  » est aussi l’une des plus anciennes cités du monde dont on estime la naissance à plus de 7 000 ans avant notre ère. Le projet est né de l’amitié nouée entre Valérie Jouve et Oum Hassan, rencontrée à la faveur d’une visite de l’artiste française sur place. Trois autres Palestiniennes, plus jeunes, vont se joindre au duo initial dans l’intention de rendre compte de l’histoire du territoire où elles évoluent, mais aussi de mettre en lumière leurs propres particularités, leur identité. De longues conversations sur la nature de l’image seront au préalable nécessaires entre Valérie Jouve et les participantes afin de surmonter, notamment, l’interdit religieux de la représentation. Il s’agit ici de démontrer la capacité d’un cliché à refléter autre chose que ce qu’il montre. C’est ainsi que naît une série de portraits indirects, profondément ancrés dans l’environnement aux multiples facettes des différentes intervenantes. Cinq femmes du pays de la lune rassemble jusqu’au 4 janvier 2015 plus de 400 photographies, un film et plusieurs vidéos, d’où a été exclu l’ensemble des éléments faisant référence à l’occupation israélienne  : car aux yeux des membres du collectif, ni le mur de séparation, ni les barrages militaires ou encore les différentes colonies qui entourent leur territoire, ne les représentent.

Photographie et vidéo sont également à l’honneur chez Halida Boughriet, qui a réalisé Corps de masse dans le cadre d’une résidence au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis en 2013. Pour cette performance chorégraphiée, l’artiste avait invité des habitants de la ville à venir investir avec elle les cellules de l’ancien carmel pour y mettre en scène des gestes d’amour, d’affection et d’amitié. Le lent mouvement des performeurs, qui se rassemblent pour s’enlacer avant de se séparer doucement, rappelle le cycle de la vie, fait de rencontres, de moments de tendresse et de séparations. Chacun est laissé libre des poses adoptées, le tout dans un jeu d’ombre et de lumière, favorisé par l’éclairage naturel des fenêtres, qui confère à la série photographique comme à la vidéo une densité picturale unique.

A noter également, Face B. Image/Autoportrait jusqu’au 13 juillet, une occasion d’appréhender la pratique de l’autoportrait chez l’Espagnole Esther Ferrer, pionnière de l’art action et de la performance, et aussi un nouvel accrochage de plus de cent trente œuvres témoignant des pratiques les plus diverses d’une soixantaine d’artistes de la collection du musée. L’été s’annonce intense et cosmopolite au Mac/Val  !

Nguyen Manh Hung
Lâcher d’ordures, Nguyen Manh Hung, 2014

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