Françoise Carré à Paris – Le vêtement pour cœur et raison

Françoise Carré, photo MLD

Plasticienne et écrivain, Françoise Carré a été directrice de style dans la mode et a fait de la recherche sur le vêtement avant de travailler dans l’économie solidaire. Différentes expériences qui nourrissent aujourd’hui sa création de sculptures textiles, réalisées à partir de corsages, chemisiers, liquettes et autres blouses usagés. L’artiste expose actuellement à la Mairie du XIIIe arrondissement de Paris. A cette occasion, elle se prête au jeu des mots.

Atelier

«  J’en rêve. Avoir un atelier, un lieu de vie et de création, de rencontre et d’expression. Ce n’est pas la maison, ni le bureau, ni l’école. C’est un endroit qui a l’intimité d’une chambre, la convivialité d’un salon, la technicité d’une cuisine, la poésie d’un jardin, sa lumière. Un lieu qui enveloppe et protège, accueille et permet de sortir de soi, de sortir à soi. Mon atelier sera lumière et espace, calme et vitalité.  »

Vêtement

«  Le vêtement est le propre de l’homme. C’est ce qui le distingue de l’animal, et le différencie des autres hommes. C’est ce qui fait que je m’y suis tant attachée. Le vêtement a pour fonction la protection, la parure et la pudeur, et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est la parure qui est la fonction première  : le premier homme s’est vêtu pour être beau  ! Plus précisément pour rassurer ou impressionner. Le vêtement est un discours et, en tant que tel, il permet l’expression de soi, émet un contenu rationnel – je suis un garçon ou une fille  ; j’ai chaud ou froid  ; je fais du ski ou je suis banquier – et adresse à l’autre une charge émotionnelle pour le séduire. Le vêtement cache et montre à la fois, entrave et libère, protège et trahit, sert et aliène. Sans cesse renouvelé, il est source de vitalité et de créativité. Ephémère et futile, il est jeté, donné, passé, oublié, intemporel et essentiel  : il est la mémoire de l’homme et garde son empreinte, des années ou des siècles durant. Il est frontière entre l’homme et le monde, entre ses entrailles et l’air qu’il respire, il est son ombre et sa lumière, sa trace et sa voix, sa liberté et sa prison, son image et sa personne, sa tendresse et sa rigueur, son cœur et sa raison. Mon cœur et ma raison.  »

Rouge

«  C’est la couleur de l’oxymore. Couleur de vie et de mort, du sang des blessures et celui des naissances, couleur d’amour et de toujours, d’un cœur qui bat, d’un feu qui couve, d’un lien qui se rompt. Couleur de rien et de tout, du vernis à ongles d’une midinette, des œillets de la révolution d’Avril, du petit chaperon et de la gueule du loup, de la cape d’un cardinal, du pompon des marins, du fauteuil de théâtre, du jupon d’une Sévillane, du soleil qui se fracasse, et du rire de fous.  »

Françoise Carré
Ciel mêlé (détail), Françoise Carré
Abstraction

«  Bien sûr, Vassily Kandinsky et un merveilleux texte que j’ai lu à 20 ans et que j’ai oublié. Mais, surtout, Nicolas de Staël et Mark Rothko. Leur cheminement vibratoire, jusqu’au noir qui attire, aspire et boit, jusqu’à la nuit. L’abstraction est ce qui reste quand on a tout enlevé. Couche après couche, quand on a dépecé la bête, effacé les mots des contes, éteint la mélodie, pour ne garder que le sens. Au risque de se perdre dans le non sens. Ou d’arriver.  »

Ciel

«  C’est une présence, c’est la présence. Après, on peut citer tous les ciels de la terre et les cieux du ciel, tous ceux qu’on a croisés du regard ou même regardés, contemplés, admirés, pesés ou dédaignés, oubliés, regrettés. On peut écrire un inventaire de ciels, à la Prévert ou à la Queneau, les classer par bleus ou gris, en colonnes ou à l’horizontal. Mais rien n’y fera, ils nous échapperons toujours, pour se fondre dans le ciel.  »

Toucher

«  La sensation du tissu qui glisse entre les doigts, ou caresse la peau. Un satin de soie, un voile de coton très fin, un velours précieux ou une vigogne. On pourrait, parfois, avoir l’impression de toucher la peau d’un ange, ou même, un morceau de ciel. Mais ce n’est qu’une impression.  »

Poésie

«  C’est, à défaut de pouvoir habiter le ciel, essayer d’en parler.  »

Création

«  Tout à coup l’absence et la présence ne font plus qu’un. L’idée est déposée, le geste accompli, l’objet délivré, l’âme soulagée, l’atelier habité, et le ciel tout près, prêt à le toucher. Il suffit de tendre la main.  »

Volume

«  Il faut bien donner du corps à tout ce bavardage.  »

Liberté

«  Liberté d’être. Pour une femme le chemin peut être plus long, sans doute davantage de haies à sauter  ; et je pense au livre de Virginia Woolf. De toute façon, rares sont les êtres humains qui savent en jouir tôt. Rares et lumineux. Pour les autres, cela vient peu à peu, c’est un cheminement, l’histoire de toute une vie. De moment de ciel en moment de création, pas à pas, la liberté s’installe.  »

Françoise Carré, photo MLD
Robe Soleil, Françoise Carré

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