Elisabeth Walcker – Ne pas tout dire

Elisabeth Walcker

Comparaisons ouvre ses portes cette semaine. Le salon, né en 1956, compte aujourd’hui 27 groupes correspondant à autant de sensibilités ou de tendances de l’art actuel. Installé au Grand Palais, du 4 au 8 décembre, il est organisé dans le cadre d’Art en Capital. La peintre Elisabeth Walcker exposera au sein du groupe Expressionisme. Pour l’occasion, elle a accepté de s’adonner au Jeu des mots.Vocation

«  On parle souvent de vocation pour les artistes, dans la mesure où le choix d’un métier artistique est un choix qui se fait par passion, passion de la musique, de l’écriture, de la peinture, et cela malgré les risques, les nombreuses difficultés, financières et autres.  »

Lumière

«  La qualité de la gamme colorée vient de la différence de tons entre l’ombre et la lumière dans une même couleur. J’aime ces recherches subtiles de tons qui créent la lumière (L’arbre rouge, Le tablier). Je travaille aussi la lumière avec le fusain, je prépare mes toiles avec un léger sablage qui retient la poudre du fusain, cela permet d’obtenir un noir charbonneux et toute une gamme de gris différents. Puis j’ajoute le blanc en rehaut qui vient apporter l’éclat lumineux. Des toiles comme Chien et loup ou Corps à corps sont travaillées avec cette technique.  »

Peinture

«  Selon la célèbre citation de Maurice Denis “Un tableau est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées”. Mais, à notre époque, on a souvent tendance à opposer la peinture aux médiums nouveaux (ordinateur, vidéo, installation…), je pense que les différentes techniques peuvent tout à fait coexister, ce sont des langages différents, pour traduire une vision, un monde personnel. Pour ma part, la peinture me convient tout à fait. J’aime travailler la toile, son élasticité. J’aime la matière même de la peinture, ses différentes possibilités de texture, d’empâtements ou de glacis, l’écriture du pinceau fin ou large, dure ou souple, la coloration des pigments. Il y a dans la peinture un exercice tactile, sensuel qui lui est propre et que j’aime.  »

Contrainte

«  Evidemment, je n’apprécie pas beaucoup les contraintes, mais toute technique a des règles qu’il faut respecter pour obtenir un résultat efficace. La peinture ne fait pas exception. Je crois au travail, à l’apprentissage d’un métier, d’une technique, à sa pratique et je pense justement que l’on peut retrouver une liberté et une spontanéité dans son travail quand la technique est dominée et que l’on peut alors jouer au mieux avec ses intuitions et sa sensibilité.  »

Ville

«  J’aime la ville, son fourmillement, le mélange des populations, les différentes architectures, les gares, les cafés… C’est un thème qui a souvent été traité en peinture, je pense notamment aux expressionnistes, à Georges Grosz, mais aussi à Edward Hopper. J’avoue que la ville m’a interpellée aussi bien par sa réalité géographique, (je suis née et habite à Paris) que par la vision qui m’en a été donnée à travers la peinture. Il y a quelques années, j’ai beaucoup travaillé l’architecture dans la ville, jouant avec les volumes géométriques, les pleins, les vides, les rythmes des toits, des fenêtres. Mais ces derniers temps, des personnages ont envahi mes toiles et les recherches se construisent différemment, car la représentation humaine prime sur l’architecture. J’utilise les changements d’échelle avec les personnages, ce qui permet de retrouver des rythmes et de créer un espace nouveau. Des toiles, comme La ville bleue, Le départ, Notation, illustrent cette recherche.  »

Elisabeth Walcker
L’arbre rouge, Elisabeth Walcker
Elisabeth Walcker
Le départ, Elisabeth Walcker

Littérature

«  C’est mon point faible  ! J’adore lire, au point que, parfois, j’en oublierais d’aller à l’atelier. En ce moment, je me plonge dans l’œuvre de certains auteurs américains contemporains : Russell Banks, Cormac McCarty, Frank Conroy… Ces auteurs nous donnent une vision du monde et de la société américaine qui, par son efficacité et sa profondeur, nous bouleverse. Sans oublier la langue magnifique de ces auteurs, spécialement pour Mc Carty. J’ai parfois l’impression d’être dans un tableau en clair obscur. Il y a aussi John Irving, avec son humour décapant et sa folle imagination. D’ailleurs, il m’arrive de travailler à partir d’un texte ou d’une œuvre. J’ai récemment travaillé sur Alice au pays des merveilles. Cela correspondait à une recherche sur l’évocation de sentiments liés à l’enfance, au fantastique, à l’insolite.  »

Arbre

«  Les personnages qui ont envahi mes toiles l’ont fait par le biais des arbres. Après les toiles d’architecture dans la ville, j’ai ressenti la nécessité d’aborder la figure humaine. Et à la même période, plusieurs deuils familiaux m’ont donné la douloureuse impression d’une forêt qu’on abattait. C’est alors que j’ai commencé mon travail sur les arbres généalogiques. J’ai évoqué l’arbre avec ses branches, son feuillage et sa silhouette tutélaire, puis des personnages sont apparus, seul, en couple ou en groupe, évoquant la grande famille humaine, les ascendants et les descendants. La recherche des racines, mais aussi la recherche de la possible ou impossible transmission.  »

œuvre

«  L’œuvre d’un artiste, ce n’est pas une toile, mais l’ensemble de son travail. C’est la recherche picturale qu’il a menée. Une œuvre se construit peu à peu. Certains poursuivront une même direction en approfondissant progressivement leur vision. Je pense à Morandi, par exemple. D’autres exploreront différentes directions, comme Picasso. L’ensemble des recherches picturales construit progressivement une œuvre qui exprime le regard de l’artiste.  »

Mystère

«  Le sujet choisi peut contribuer au mystère, mais particulièrement la manière de le traiter. J’aime que les éléments soient suggérés, que tout ne soit pas dit. Dans ce qui semble une approximation globale, se crée une atmosphère étrange et inquiétante. La lumière peut jouer un rôle important dans la suggestion des formes, l’ombre permet de rassembler différents éléments, alors que la lumière peut faire ressortir juste quelques fragments et créer l’étrange, voire le malaise.  »

Liberté

«  C’est un mot plein d’espoir, pour lequel les hommes s’enflamment, mais c’est aussi un mot très cruel dans le contexte historique et politique actuel où l’on a vu exploser le Printemps arabe tellement porteur d’espoir et de violences. Dans la peinture, l’artiste a cette formidable liberté de créer, mais il pèse aussi sur lui de formidables contraintes. Celles d’un marché international exclusivement commercial, et même si l’artiste veut l’ignorer, ces contraintes influencent toute la vision artistique contemporaine.  »

Elisabeth Walcker
La ville, Elisabeth Walcker

Lire aussi le portrait d’Elisabeth Walcker

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