Hostanartist en ligne – A la suite de Paul Valéry

Hostanartist

L’artiste David Guez et la curatrice Anne Roquigny lancent Hostanartist à la galerie Claude Samuel, à Paris, le mercredi 4 novembre de 18 h à 21 h. Cette nouvelle plateforme en ligne permet à des propriétaires d’espaces de mettre à disposition des créateurs des lieux de résidence. En échange, ces derniers offrent à leurs mécènes une œuvre dont ils détermineront ensemble la nature. Tous les artistes sont concernés : plasticiens, écrivains, musiciens, comédiens… David Guez s’est prêté au jeu des questions/réponses pour expliquer plus en détail une initiative qui, à n’en pas douter, va faire un tabac !

ArtsHebdoMédias. – Sur quelles valeurs repose Hostanartist ?

David Guez. – Hostanartist est le fruit de réflexions et discussions avec des amis artistes. Il s’agissait d’imaginer un outil dans la veine du collaboratif et de l’économie circulaire qui puisse pallier un manque d’espace de travail pour les artistes : ainsi le principe de la résidence chez l’habitant a pris son sens, surtout quand on sait le nombre de logements secondaires qui existent dans nos cercles amicaux ou familiaux et ne sont utilisés que quelques semaines par an. Il était important aussi d’imaginer un nouveau rapport entre l’artiste et son public, un nouveau type de mécénat. L’élément clef dans le dispositif Hostanartist a été d’élaborer une contrepartie à la résidence offerte par les hôtes, quelque chose qui puisse créer un lien réel et temporel. C’est ainsi qu’est née la notion d’échange qui, au terme de la résidence, peut prendre plusieurs formes : une œuvre d’art, un cours, un concert privé, un dîner… C’était aussi donner une réponse à ce modèle de Web collaboratif qui reste souvent un prétexte pour lever des fonds et durcir une forme de capitalisme sauvage. En effet, on ne peut pas, sous couvert d’offrir un nouveau service aux internautes, continuer à fonctionner comme au début du XXe siècle. Le Web permet de changer les règles, de créer des ponts inédits, mais il se doit aussi de proposer des modèles économiques et sociaux différents, de passer à autre chose. Cette question se pose aussi face au système de l’art qui a la critique facile mais se cale dans sa version « market » sur la version la plus radicale de la marchandisation.

Racontez nous le début de l’histoire.

L’histoire a commencé l’été 2014 en discutant du projet avec un responsable du ministère de la Culture qui a eu l’intuition qu’Hostanartist avait une place potentielle dans l’espace public et qui nous a aidé financièrement à construire la première version du site Web. J’ai alors proposé à Anne Roquigny, curatrice – nous nous sommes rencontrés au Web bar, lieu mythique parisien de la culture numérique à la fin des années 1990 –, de me rejoindre dans l’aventure Hostanartist. Ensemble, nous avons monté une équipe et sommes aujourd’hui prêts pour lancer une première version. Celle-ci permet de créer une annonce, que ce soit pour les artistes ou pour les hôtes. Le principe est que chacun puisse se choisir, qu’il y ait une véritable rencontre dès la plateforme Web. Nous avons aussi beaucoup réfléchi au fait qu’un hôte doit être assez rassuré pour prêter son lieu. C’est pour cela que nous avons travaillé avec un juriste pour proposer un contrat type qui permet de décrire aussi les termes de l’échange. Dans une prochaine version du site, il sera également possible de conclure des partenariats avec des structures culturelles nationales et internationales. A terme, il s’agit de proposer une plateforme qui relie artiste et citoyen, mais aussi institutions et initiatives locales.

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Votre initiative se propose, en quelque sorte, de redéfinir la notion d’atelier ?

L’artiste a besoin de son espace personnel pour travailler, mais la résidence a toujours existé en tant que telle et elle a un rôle important dans le processus de création. Elle permet de sortir de son milieu, d’être au calme pour réfléchir et pour produire. Elle est également un lieu de rencontre. A notre époque, la notion d’atelier peut prendre une forme différente, mouvante, multiple, où chaque lieu peut être une zone de ressourcement propre à chaque étape de la création. Pour ne parler que de moi, il me faut changer de contexte pour qu’une idée prenne corps. Je crois que c’est un des processus de la pensée que de rebondir sur les paysages qui l’entourent pour s’enrichir, s’augmenter et ainsi se fossiliser dans une forme précise. A l’heure ou notre rapport à l’écran/réseau est devenu plus qu’ombilical, la « de.connexion » spatiale a un sens d’autant plus fort. La résidence peut être aussi le lieu du rendez-vous, de la répétition, le lieu où l’on trouve et se retrouve. C’est également pour les hôtes une façon assez nouvelle de côtoyer des artistes. La plupart du temps, le public ne les rencontre jamais et les œuvres sont souvent proposées à des prix inaccessibles. Paul Valéry avait introduit la poïétique comme l’étude de l’œuvre en train de se faire, la visite de l’atelier de l’artiste. Je crois qu’Hostanartist démocratise ce principe et j’espère que des rencontres inédites se feront.

Pensez-vous qu’Hostanartist puisse devenir une solution pérenne pour certains ?

Je connais beaucoup d’artistes qui fonctionnent déjà en passant plusieurs mois par an en résidence. La ville peut vite devenir une zone d’aliénation. Elle est nécessaire car elle regroupe l’offre culturelle, mais elle a le défaut de perturber les rapports temporels face aux œuvres. En ne pensant qu’au cinéma, il est absolument hallucinant de voir qu’un film qui a pris quatre ans pour se réaliser puisse disparaître au bout de deux semaines des écrans de diffusion. Il n’y a plus de sédimentation possible en ville. Je remarque que les réseaux sociaux ont ce même défaut. Ils en sont même peut être la cause. La ville est devenue un immense mur « facebookien ». La question de la pérennité se pose alors d’autant plus qu’elle fait partie du processus de création. On pourrait effectivement redéfinir l’espace de vie et l’espace de création comme un immense réseau de zones transitoires de résidences, qui participent in fine à la sédimentation d’un objet fini, un objet dont la genèse est le résultat de plusieurs voyages. En ce sens, oui, l’atelier serait un réseau et Hostanartist son hub.

Quel est le profil des artistes intéressés par cette proposition ?

Hostanartist a été conçu pour tous les artistes et toutes les formes d’art. Il y a évidemment plus de facilité de proposer sa maison à un écrivain ou à un plasticien qui va réfléchir à son prochain projet devant son ordinateur qu’à une troupe de théâtre qui a des besoins plus importants. Cependant, ce serait réduire le processus de création artistique que de considérer seulement la forme finale de l’œuvre. Toutes les étapes intermédiaires sont importantes (réflexion, écriture, discussions, balade…) et se prêtent parfaitement au jeu de la résidence d’artiste, quel que soit le médium.

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