Fred Forest au Centre Pompidou – Prologue d’une rétrospective

1er novembre 2015 : dimanche et jour férié ! Au moins deux bonnes raisons de faire la queue devant le Centre Pompidou. L’entrée y est gratuite. Le rendez-vous est fixé à 14 heures au café installé au-dessus de la librairie de l’institution parisienne. Sur le parvis, la file est imposante mais nous avons encore de la marge. Fred Forest, lui, est déjà arrivé…

Entouré de son staff, l’homme média n°1 a déjà commencé à communiquer. Depuis des semaines maintenant, il prépare son intervention impromptue dans le saint des saints de l’art contemporain français. Fidèle à l’art sociologique et à l’esthétique de la communication, il s’apprête à s’adresser directement au public pour l’engager à participer à l’œuvre. « Demain, les musées, endroits de contemplation, deviendront des endroits d’action », peut-on lire sur son fil Twitter. Peu de bruit pendant l’heure qui précède la performance. Chacun est concentré sur son écran de Smartphone. Nous faisons bruisser les réseaux pendant que le personnel du bar s’inquiète de notre apparente placidité. Ils n’aiment pas ce regroupement inhabituel. Il se passe un truc ! Fred Forest, lui, est concentré. En 2017, le Musée lui consacrera une rétrospective. D’ici-là, il tiendra en haleine son monde. 15 h 50 : c’est parti ! En ordre dispersé pour ne pas attirer l’attention, nous rejoignons le 4e étage. Nous tentons l’ascenseur. Surprise ! Alain Seban, l’ancien président du Centre Pompidou, emprunte également ce moyen de locomotion. Où va-t-il ? L’habitué des lieux, emporté par le flot des visiteurs, nous fausse compagnie. 16 h. Fred Forest, casquette sur la tête, fait son entrée. Flanqué de deux complices arborant des tee-shirts blancs marqués en noir d’un simple « Participation Forest.com », il prend place. Un micro se tend, les flashs crépitent, les mobiles chauffent, les caméras tournent… Tout l’appareillage médiatique est en branle. L’artiste explique ce qu’il fait ici et nous invite à participer à l’OSI, entendez Œuvre-Système Invisible : un champ de force en activité sans délimitation qu’il qualifie d’« architecture d’informations, flux spatio-temporel, procès de fréquences électromagnétiques, faisceaux d’ondes, d’origine physique ou animale, œuvre cognitive et manipulations d’images mentales sans support physique. » Selon les propos rapportés par Louis-José Lestocart en 2006 – article complet à lire sur le site du Web Net Museum. Pour l’heure, il s’agit de trouver des gommettes blanches préalablement apposées sur les murs blancs du musée et d’y inscrire au crayon son nom et l’heure ou la date. Il est aussi possible de poser soi-même la pastille. L’artiste se lance le premier. S’ensuit un ballet étonnant. S’égayant dans l’espace les participants collent et inscrivent leurs « blazes » ! L’effet est modeste mais suffisant pour mettre en émoi les surveillants. Ils ont dû recevoir des consignes car s’ils veillent, ils ne nous empêchent pas d’agir. Seule la distance réglementaire avec les autres œuvres doit être respectée. Nous discutons, collons et gribouillons ! Fred Forest discute avec les uns et les autres. L’OSI est bien réelle. Sur le fil Twitter d’Alain Seban s’affiche alors : « Heureux et fier d’avoir participé à la performance de @fred_forest @centrepompidou #respect ».

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