Les années 1960-1970 – Les collections du Laac témoignent

1968 fut l’année des contestations, des utopies fédérées par des mots d’ordre pleins d’espoirs : plus de guerre, ni d’exclusion, ni d’interdits ! Davantage de liberté, de tolérance et de bonheur ! Artistes et intellectuels d’horizons divers participent alors avec fougue au projet d’élaboration d’une nouvelle société, allant parfois jusqu’à la rupture pure et simple avec l’existante. Depuis le mois d’avril 2011, et jusqu’en avril prochain, le Lieu d’art et d’action contemporaine de Dunkerque (Laac) propose au public de s’immerger, à travers ses collections, dans l’univers politique, socio-économique et artistique bouillonnant de la fin des années 1960.

Cette manifestation ambitieuse s’articule en trois temps. Une première partie, à découvrir jusqu’au 18 septembre, met plus spécifiquement en lumière Mai 68 tout en replaçant les faits dans le contexte international de l’époque. Une deuxième séquence, qui s’étendra du 27 septembre au 8 janvier, s’articulera autour des aspirations à davantage de liberté qui animèrent les populations occidentales dans les années 1960 et 1970 et se traduisirent par une libération des mœurs, l’émancipation des femmes, en passant par l’émergence de nouvelles formes d’expression artistique tels la Beat Generation*, l’Art psychédélique ou le Free jazz. En parallèle seront présentées des œuvres minimalistes et conceptuelles. Enfin, du 15 janvier au 9 avril, le visiteur sera invité à plonger dans l’esthétique «  pop  » caractéristique de cette période, marquée notamment par la vivacité des couleurs et l’emploi de nouveaux matériaux.

L’exposition actuelle s’ouvre sur le témoignage photographique livré par Claude Dityvon sur les événements qui ont agité la France durant plus de deux mois : des barricades estudiantines à la grève générale qui a paralysé le pays, ses travaux en noir et blanc brossent le portrait d’une société divisée, révèlent le dialogue tendu qu’entretiennent alors rue et pouvoir. Toute une section est dédiée aux affiches réalisées par l’Atelier populaire des Beaux-arts de Paris, créé au cours du mois de mai 1968 et où s’activent coude à coude étudiants, syndicalistes et artistes. En écho à ces travaux anonymes, à de rares exceptions près – telles des œuvres de Bernard Rancillac –, le Laac a réuni plusieurs affiches emblématiques de l’art pacifiste américain – défendu par le groupe San Francisco Poster Brigade –, réalisées en 1975 et 1981 par Rachel Romero et Leon Klayman.

La visite se poursuit par la mise en évidence de l’engagement des artistes sur le plan politique et de leur intervention sans détour dans les grands débats et combats animant la société. La Révolution culturelle chinoise, le conflit israélo-arabe, la mort de Che Guevara, les luttes antiségrégationnistes menées aux Etats-Unis comme en Afrique du Sud et, bien sûr, la guerre du Vietnam : autant d’événements qui marquent les esprits. La société de consommation, de son observation critique à son rejet, est une autre source d’inspiration. Le Nouveau réalisme – représenté ici notamment par des pièces d’Arman ou de César – comme la Figuration narrative – incarnée par Hervé Télémaque, Henri Cueco, Jacques Monory ou encore Peter Klasen, pour ne citer qu’eux – sont alors en plein essor. L’exposition aborde enfin le mouvement Supports/Surfaces, qui questionne le statut de la peinture en tant qu’objet et matériau, dont la création clôt la décennie 1960.

Les années 68 offrent une occasion exceptionnelle de découvrir ou redécouvrir une grande partie des œuvres du Laac, en tant que témoins privilégiés de leur époque et comme marqueurs essentiels de l’histoire de l’art contemporain.

* Mouvement né dans les années 1950 aux Etats-Unis, refusant la société matérialiste et conformiste de l’époque, pour s’appuyer sur des valeurs humanistes, une réflexion sur le devenir de l’homme et le sens de son existence.

Bernard Rancillac, courtesy LAM, Lille, photo Muriel Anssens © ADAGP Paris 2011
Kennedy, Jonhson, Nixon et le lieutenant Calley@sur le chemin de My-Lai, acrylique sur toile, Bernard Rancillac, 1971

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