Pascale Riberolles à Charenton-le-Pont – Un souffle de poésie

Après avoir sillonné plusieurs années le milieu de la mode, Pascale Riberolles s’est éloignée de la création textile pour apprendre à souffler le verre et ouvrir d’autres horizons à son imagination. Depuis les années 1990, elle décline ainsi les formes d’un univers poétique et bucolique, où le verre s’ennoblit de coquillages, plumes, mousses, feuilles, graines et autres atours naturels. L’artiste participe actuellement à Ils voient tout en verre, une exposition collective articulée autour du verre et de sa place dans la création contemporaine, proposée par l’Espace Art et Liberté, à Charenton-le-Pont dans le Val-de-Marne. A cette occasion, nous mettons en ligne le portrait de Pascales Riberolles écrit pour Cimaise (291).

Entre fragilité et dureté, sculpture et parure, Pascale Riberolles enflamme le verre, se joue du cobalt, du fer ou de l’or et les fond dans la masse qui rougeoie, déjà se métamorphose et s’irise sans jamais perdre de ses secrets. Les objets qui sortent de son atelier sont singuliers. Sulfures plats aux bulles de couleur, vases à plumes, bougeoirs à graines et coquillages… « Je ramasse beaucoup de choses et d’autres en font autant pour moi. Ils savent que je vais leur donner une autre vie. Ce qui est difficile, c’est de faire aussi bien que la nature, de ne pas la trahir, de trouver le bon équilibre. » Pascale Riberolles affirme n’être ni designer ni sculpteur. Elle fait de « l’art décoratif ». Et ce n’est pas précisément ce qui était prévu lorsqu’elle abandonne du jour au lendemain Paris et son travail de créatrice textile pour passer un CAP de souffleuse de verre, en Meurthe-et-Moselle. « Je voulais devenir une technicienne, je ne voulais plus être une créative. Mais je n’ai pas tenu. Le verre soufflé est devenu mon médium, la matière fondatrice, même s’il arrive qu’il ne représente qu’un quart des matériaux utilisés. Ce qui définit mon travail, c’est tout ce qui vient après le verre. »

La voie artistique, elle l’emprunte dès son adolescence sans que cela soit une réelle vocation. « A 15 ans, j’étais amoureuse d’un garçon. Il voulait être potier et du coup, je me voyais tisseuse ! » L’histoire ne dit pas si le garçon y est parvenu, mais en ce qui concerne Pascale Riberolles « le germe était planté ». Elle intègre l’école Duperré, spécialisée dans le design de mode. « J’ai bénéficié d’une formation qui m’a ouverte au monde et ce que l’on m’y a enseigné m’est aujourd’hui précieux. » Il s’ensuit des années de design textile à enseigner, à créer des lignes de tissu, de vaisselle, mais aussi à décorer des vitrines. « C’était un travail d’art appliqué, très froid, le contraire de ce que je fais aujourd’hui. J’arrivais à faire illusion en faisant le minimum, mais je n’étais pas heureuse et cela me coûtait beaucoup. »

Danse avec le feu

Tout quitter ? D’accord, mais pourquoi le choix de souffler le verre ? Il ne semble pas y avoir d’explication logique, mais « une fois que je l’ai eu décidé, j’étais sûre ». A 34 ans, cependant, elle n’est plus en âge de devenir apprentie. Mais, chance incroyable, il s’ouvre cette année-là le Cerfav (Centre européen de recherche et de formation aux arts verriers), première école en France à offrir une formation exclusivement consacrée aux arts et techniques du verre. « J’ai toujours eu une bonne étoile professionnelle. » Cela ne veut pas dire pour autant que le métier soit particulièrement ouvert aux femmes. « Dans les ateliers à chaud des cristalleries, il n’y a jamais eu que des hommes. Je crois que j’étais la quatrième femme en France à être souffleuse. Aujourd’hui, la moitié de la promotion qui sort du Cerfav est féminine. Mais cela reste un milieu très macho ! »

Pascale Riberolles
Série des Cairns, Pascale Riberolles
Autre difficulté, la France n’a pas historiquement une grande tradition d’ateliers indépendants de verre soufflé, et il existe un certain flou entre « objet artisanal » et « objet d’art ». Pascale Riberolles sort cependant son épingle du jeu. « J’ai été remarquée rapidement parce que mon travail était rare, mais aussi parce que j’étais une femme. » Aujourd’hui encore, comme beaucoup dans son métier, elle est une « itinérante ». Elle ne souffle pas le verre dans son atelier de la banlieue parisienne, elle passe d’un atelier à chaud à un autre. « Chez moi, je polis, j’assemble, je colle, je fais le travail à froid. Mais je souffle chez les autres, surtout en Bourgogne, chez quelqu’un qui fait sa base lui-même. »

A ces moments-là, ce qui la préoccupe le plus, ce sont les couleurs. « Je fais beaucoup de superpositions. Je sais toujours vers quoi je veux aller, mais le résultat n’est jamais assuré. Les couleurs ne réagissent pas toujours comme on l’espère, le jaune et le rouge ne font pas forcément de l’orange… C’est parfois très frustrant ! Moi, j’aime beaucoup les fausses couleurs, alors j’ai toujours l’impression qu’il me manque des teintes. » Ce qui l’a attirée en premier lieu dans les souffleries l’y retient toujours : l’intensité. « Je vis cela comme une expérience proche de la danse. Il y a un rythme à tenir – le verre se refroidit très vite – et une précision à respecter. Tout est dans le “timing”. On virevolte beaucoup, on travaille sur les portées, on ne peut pas s’arrêter en plein mouvement. Lorsqu’on a des assistants, cela ressemble carrément à un ballet. C’est un métier très puissant : la chaleur, l’effort physique, la magie du feu. La gestuelle nécessaire pour créer est complexe et on ne peut pas improviser. C’est simple, il n’existe pas d’équivalent ! »

La cinquantaine à peine passée – ce qu’on a vraiment beaucoup de mal à soupçonner –, cette femme à la fois ardente et douce s’avoue tout de même parfois fatiguée. Curieusement, non pas par le travail physique ou la température élevée des ateliers, mais par le fait de devoir « tout faire toute seule ». C’est pourquoi avoir depuis quelques temps quelqu’un à ses côtés pour « faire l’interface entre elle et le monde » la ravit. « Cette personne peut aller dans des endroits où je ne vais pas, trouver de nouveaux débouchés pour mes œuvres. Ce n’est pas toujours simple de se situer à la jonction du design, de la décoration et de l’art. » Pascale Riberolles peut ainsi se consacrer exclusivement à sa passion : créer ses mystérieux objets alliant nature et art, fragilité et force, sculpture et parure. « Travailler comme je le fais aujourd’hui, sans faire aucun compromis, c’est ce qui me rend heureuse. Je mets tout ce que je suis dans mes créations et lorsque les gens s’y connectent cela me procure un plaisir immense. Travailler avec le verre, c’est évoluer avec deux énergies opposées. Il y a sa dureté et sa préciosité. Je suis pareille : il me faut ces deux énergies. »

Pascale Riberolles et Caroline Fontaine-Riquier
Gracieuse en bleu, verre et porcelaine, Pascale Riberolles, Caroline Fontaine-Riquier

Quelques dates clés

Enfance> « Nous allions à la verrerie de Biot au moins une fois par an. Cela m’a sans doute marqué. »

1981-1983> « A l’Ecole supérieure des arts appliqués Duperré, j’ai eu la chance d’avoir comme enseignante Marie Rochut. Elle savait faire sortir ce qu’il y avait de meilleur en moi. »

1991> « Je suis entrée au Cerfav, pour préparer un CAP de soufflerie. »

1996> « Ma première exposition, à Amsterdam, à la galerie Braggiotti. Ce monsieur avait vu seulement un de mes premiers verres “branche” avant de me faire une place… Je lui en suis très reconnaissante. »

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