Abraham Hadad – Le sourire d’Eve

Un homme, une femme. Lui sur une terre verte et accueillante, elle portée par une onde bleue et paisible. La main sur sa poitrine, les yeux plongés dans les siens, il lui sourit. Ils sont nus. Tel un Gauguin contemporain, Abraham Hadad fait naître un monde de douceur et de volupté à la fois irréel et intemporel. Au fil des tableaux, la famille s’agrandit, s’habille aussi. Pas de poignets, pas de chevilles, les mains, les pieds se ressemblent et pourraient même appartenir à ce gentil renard qui couvre en partie la nudité d’une autre nymphe assise seule sur un fauteuil. Les corps sont tout en rondeur. Ronds aussi les yeux miroirs d’innocentes âmes. « Je pense que la peinture est mon meilleur langage » a pu déclarer l’artiste. Né juif irakien, forcé de quitter son pays, Abraham Hadad n’a que douze ans quand il arrive en Israël. Alors même que la difficulté d’apprendre une nouvelle langue ne favorise pas ses études, le maître d’école lui prédit : « Toi, je suis sûr que tu seras peintre ». Le sort en est jeté. Il usera ses pinceaux à l’Ecole des beaux-arts de Tel-Aviv, où il goûtera aux joies de l’abstraction, puis à celle de Paris, ville qu’il ne quittera plus et où il enseignera plus de 20 ans. Ce peintre dont chaque souffle s’incarne dans la matière avoue s’intéresser à « la peau de la peinture, les textures, les superpositions ». De cette recherche surgit de candides figures, de simples scènes de vie à la fois étonnantes et pleines d’un subtil humour. Les courbes des meubles épousent celles des femmes, les jeux de miroirs se traduisent en jeux de regards ; dans son Eden, Hadad va à l’essentiel. Pourtant quelques étrangetés attirent l’œil : une coiffure bizarre, un enfant dans une caisse, une main, seul sujet d’un tableau… Laisserait-il entrevoir de lourds secrets, d’inquiétantes histoires. Trop polie pour être honnête cette famille-là, semble siffler le serpent. Mais cette fois s’immisce un vade retro… reptile ! Et Eve de sourire, alanguie sous le regard aimant de son Adam…

Abraham Hadad courtesy galerie Grand'Rue
La femme au renard

GALERIE

Contact
Crédits photos