Marc Perez à Paris – Le voyage immobile

Marc Perez

Sa quête prend corps sur la surface plane de la toile, du bois, du zinc ou du papier, d’où surgissent des visages et silhouettes énigmatiques et troublantes. Sa fascination pour la nature des hommes et leurs « paysages intérieurs », Marc Perez l’exprime également à travers des sculptures qui mettent en scène des personnages fragiles, vulnérables et émouvants. L’artiste présente ses œuvres, à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 mai à la galerie Felli, à Paris, dans le cadre d’une exposition collective réunissant Katarina Axelsson, Agnès Baillon, Jeanne Bouchard, Bertrand Flachot, Goxwa, Eric Roux-Fontaine et François Réau. A cette occasion, il a accepté de se livrer au jeu des mots.

Mots

Longtemps une méfiance des mots, puis, peu à peu, une simple défiance, avec cette crainte qui persiste de voir les mots abîmer le regard sur la peinture. Plus tard, une confiance qui vient de loin, de cet endroit où les mots naissent vierges pour finir par grandir seuls, sans parole, sans histoire.

Temps

Le temps passe

Une vie passe

Le temps presse et tout reste à faire

Chaque peinture, chaque sculpture, demande un temps infini

Peur du temps qui file

Comment faire ?

Faire du temps un ami, le seul peut-être.

Comment faire ?…

Atelier

Je n’ai eu qu’un atelier, ou plus exactement deux, mais à la même adresse. Le premier, d’abord, très petit, situé au premier étage et chauffé toute l’année par une laverie qui se situait juste en dessous, puis, plus tard, le second occupant l’espace où se trouvait précisément la laverie, au rez-de-chaussée, donc, et aussi, par un escalier, les caves.

Je suis descendu de plus en plus, pour m’agrandir, pour grandir.

L’atelier est devenu comme un abri, une cachette ; il m’a protégé, réchauffé aussi.

L’atelier comme une peau.

Il m’a habillé, donné un visage, une identité incertaine… mais c’est déjà ça…

L’atelier comme un bateau.

Il m’a emmené loin, sur l’autre rive… j’y ai cru… il m’a évité le naufrage, mais il m’a fait sombrer, parfois…

L’atelier comme un centre, le centre de ma gravité.

L’atelier, enfin, comme ce ventre qui m’a fait naître, un peu…

Marc Perez

Voyage

Le voyage pour se perdre.

Se perdre pour espérer se trouver un peu plus.

Si l’on ne voyage pas pour cela, c’est autre chose que du voyage, c’est de la promenade, pourquoi pas…

J’aime seulement les voyages désorganisés, ceux où l’on explore l’ailleurs, l’autrement, ceux où l’on prend la route pour la déroute.

Mais le tourisme a balisé tout ça, alors, il faut voyager loin, de plus en plus loin…

C’est compliqué, à moins que l’on se décide au voyage immobile…

C’est de plus en plus dans l’atelier que j’essaye, à présent, de me perdre, d’explorer les chemins de traverse, de poursuivre ma déroute…

Paysage

Je crois n’avoir jamais peint de paysage.

La nature m’ennuie vite.

Seule la nature des hommes et les paysages intérieurs me parlent longtemps.

Non, j’oubliais, les paysages de mer m’attirent… les îles, le bleu, les vagues, la mer m’apaisent et me parlent, mais je ne pourrais les peindre, mon grand père l’a trop bien fait…

Musique

Tout est musique.

L’écriture est musique, la parole est musique, la peinture est musique, la vie est musique…

La musique, cette onde qui traverse tout, qui nous traverse…

Suivre son rythme, danser, chanter…

Tout est musique…

Peinture

Mon unique passion, la peinture.

Une passion aveugle, et c’est ennuyeux pour un peintre.

La peinture, non comme une technique ou une matière, mais comme cette idée vague qui n’en est pas une.

La peinture, comme une vision sur l’angle mort du monde.

Marc Perez

Marc Perez

Sculpture

« Je ne comprends pas bien la sculpture, il semble qu’elle ne permette pas les tâtonnements. » J’ai longtemps pensé ainsi, comme le peintre Bram Van Velde qui écrivit ces mots. Puis, mes mains ont « tâtonné », malgré moi et avec moi, la terre, le chiffon, le métal ; elles ont assemblé des vieux objets, des végétaux, des bouts de ferraille, un peu de tout. Alors, laissant faire les accidents, les hasards, les déroutes successives, les rencontres improbables de matériaux, de vieux objets, mes sculptures sont nées. Mais, peut-être ne s’agit-il pas tout à fait de sculpture ?

Figuration

Toute peinture est abstraite, si elle ne l’est pas il s’agit d’autre chose et la figuration, elle, devient illustration.

Lorsque je peins, je sens bien ce cap qu’il me faut franchir, avec d’abord une volonté de figurer une image et suivre une idée, vague généralement, puis, ce décrochage qui emmène vers l’abstrait, vers une dimension autre et c’est là que les choses se font, se compliquent aussi… Faire cohabiter abstraction, figuration, mais aussi concepts, sensations, émotions, voilà l’impossible et passionnante équation…

Exposition

Exposer s’est s’exposer bien sûr, il y a là une impudeur infinie, un courage, peut-être, mais c’est la seule façon de donner naissance à ce que l’on fait.

Une peinture ou une sculpture n’existe que lorsqu’elle sort du ventre de l’atelier. J’ai, pour cela réalisé beaucoup d’expositions, elles m’ont permis de mettre en scène mon travail, de le voir vraiment, avec ce nécessaire recul, de le découvrir à travers certains regards amis, mais aussi à travers d’autres regards indifférents, elles m’ont permis également de rendre possible la poursuite du chemin par les concrets encouragements.

Aujourd’hui, tant de choses ont perdu de leur sens ; pourquoi le monde de l’art ne suivrait-il pas la marche insensée du monde ? Il m’arrive de croire que, pour prolonger mon chemin, il me faudrait aller vers une forme de clandestinité et de silence, loin de toutes représentations factices, loin d’un marché que l’on ne comprend plus, loin du spectacle. J’ai, par moment, un vrai désir ; celui de rentrer, avec d’autres, dans un combat souterrain cherchant à préserver, avant tout, ce qui doit l’être ; la profondeur et une certaine idée de l’honnêteté…

Heureusement, quelques-unes de mes galeries amies m’aident à trouver, malgré tout, un certain équilibre.

Liberté

Je suis attaché à ma liberté.

La liberté n’existe pas, mais on la traque, on la veut, on la cherche inlassablement et cette quête nous enchaîne. Par instant, pourtant, furtivement, on la sent, totale, pleine, cette liberté qui est là, au bout du pinceau, du stylo, au bout des doigts… Cela ne dure pas, mais, et dans cette jolie amnésie, nous oublions qu’il nous aura fallu des heures, des jours, et plus encore, d’enferment solitaire dans une sombre vie de reclus pour entrevoir, dans l’embrasure, la fine lumière…

Marc Perez

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