Jörg Hermle – Un haricot blanc se fit cheval

Jörg Hermle

Un singe aux pieds d’homme enlace une femme en robe blanche, un chien au collier à pointes acérées apparaît dans un coin, d’énormes insectes à la bouille ronde et au regard hagard emplissent l’espace, un chat au poil hérissé, les pattes avant plantées dans une assiette, se défend face au chien-loup par l’odeur alléché, un cheval noir plane au-dessus d’une table d’invités effrayés, un Dalmatien atypique porte sur son dos un bambin potelé. Le pinceau de Jörg Hermle n’oublie jamais l’animal. «  Il porte l’homme, sans lui ce dernier n’en serait pas là où il est aujourd’hui. Domestiqué ou élevé, il a beaucoup contribué à l’histoire du monde  ». Rares sont les toiles de l’artiste qui ne lui laissent pas une petite place. C’est que très tôt, il se fixa sur l’un d’entre eux… «  Un jour, au début de l’année 1940 sans doute, un ami de la famille me montra comment dessiner un cheval  : il esquissa d’abord un haricot blanc, puis il y accrocha la tête, la queue puis les quatre pattes. C’était un haricot blanc déguisé en cheval et probablement une très mauvaise méthode pour apprendre le dessin mais je passais les jours et les semaines qui suivirent à faire des chevaux à partir de haricots blancs  !  » La leçon n’est peut-être pas parfaite, mais qui sait si cet épisode n’est pas à l’origine de la présence animale dans l’œuvre de Jörg Hermle.

Jörg Hermle par ArtsThree

Discret et plutôt élément du décor dans les années 1980, l’animal fait des apparitions de plus en plus fréquentes et remarquées au fil du temps sans pour autant venir empiéter sur l’essence même de l’œuvre  : une réflexion sur la vie et la mort. «  Elles ne peuvent exister l’une sans l’autre. Ce fil conducteur existe depuis toujours dans ma peinture.  » De nombreuses toiles sont de parfaites allégories. On y voit l’homme à tous les âges de la vie. Au bord de la piscine ou dans un café, les personnages de Jörg Hermle représentent l’humanité et l’artiste, tel le sphinx, chuchote à l’oreille des devinettes. Juché sur une table, un volatile à tête de vieil enfant déploie ses ailes, au centre, une femme tient son bébé, alors que tombé à ses pieds un homme est en pleine déliquescence. Le coq prématuré ouvre La comédie humaine, ouvrage paru en 2008. «  Il y a trois ans a été publié un livre qui faisait le point sur mon travail. A la suite, j’ai eu envie d’aller ailleurs, vers d’autres couleurs, travailler différemment.  » Avec les séries verte et ocre, le peintre pose l’animal au centre de la toile. Eléphant, otarie, pélican, orque… font leur apparition. «  Chez moi, ce n’est jamais réel. La peinture doit passer d’abord par soi-même. Ce que je dessine, je l’ai observé mais le résultat n’est pas une copie de la réalité.  » L’essentiel, c’est la peinture, sa composition, ses couleurs. «  J’ai l’impression que le corps est important mais les pattes beaucoup moins… J’aime travailler les pleins, les vides, et ne pas tout dire.  » Si la vie et la mort sont toujours au cœur des préoccupations de l’artiste, les animaux d’aujourd’hui échappent à leur créateur et racontent des histoires, font naître des univers oniriques. «  Finalement, on pourrait inventer de nouvelles légendes à partir de mes toiles.  » Il suffirait d’un Andersen ou d’un Lewis Carroll des temps contemporains pour faire parler le fantastique bestiaire de Jörg Hermle.

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