Art Orienté objet – L’animal en nous

Benoît Mangin et Marion Laval-Jeantet

Le 17 février dernier, le duo artistique Art Orienté objet (Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin) a présenté son incroyable performance, longtemps repoussée, Que le cheval vive en moi  ! où Marion Laval-Jeantet s’injecte du sang de cheval (plasma et immunoglobines). Une fois le protocole sanguin achevé, les artistes, issu du courant de l’Art biotech’, ont élaboré un langage corporel avec le cheval présent, par l’utilisation notamment de deux prothèses articulées imitant les pattes de l’équidé. «  Faire vivre l’animal à travers nous, analyse Marion Laval-Jeantet, c’était l’archétype de ce délire humain qui veut que la décision de vivre ou pas est censé passer par nous.  » Montrer comment l’animal pouvait exister en elle, ce fut le propos de cette expérience qui s’est déroulée en Slovénie. En se faisant cobaye dans un contexte biotechnologique, Marion Laval-Jeantet s’insère dans le monde animal et transforme le rapport au vivant. Cette façon de vouloir voir la vie du côté des bêtes suggérée également par Derrida, le duo l’éprouve depuis quinze ans à travers différentes œuvres marquées par les sciences et l’éthologie. Leurs Cultures de Peaux d’artistes, en 1996, furent le fruit d’une expérience menée aux Etats-Unis au cours de laquelle les artistes côtoyaient des groupes de personnes se soumettant volontairement à un suivi médical très poussé. Avec des laboratoires de recherches de cette ville américaine, ils ont ensuite créé des hybrides de leurs épidermes appliqués sur du derme de cochon, et normalement destinés à être greffés sur la peau des collectionneurs. «  Nous avons été les premiers artistes à faire de la culture de notre propre peau. Nous avons vu ça comme un moyen extraordinaire de faire un art à la fois, conceptuel, d’époque et dans lequel on soit.  »

Avec La Route est longue, les artistes se sont intéressés à la perception de l’animal lui-même, en l’occurrence un chat. En multipliant par deux une route remplie de voitures fonçant sur un félin et suite à une étude sur la perception visuelle féline, «  nous avons pu réaliser ce qu’il voyait au moment de l’accident  », précise l’artiste. Leurs propos rejoignent les travaux de recherche du philosophe et éthologue Dominique Lestel qui s’oppose aux représentations classiques de l’animal et montre que les techniques modernes ont radicalement «  transformé la question de l’animalité et ses enjeux  ».*

*In L’Animalité. Essai sur le statut de l’humain, Paris 1996.

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