Sylviane Tarsot-Gillery – L’Institut français ou l’art et la diplomatie

Jusqu’au 18 juin, le festival Croisements se déploie à travers 25 grandes villes chinoises et propose quelque 183 rendez-vous (expositions, théâtre, musique et danse) associant la création française à des artistes locaux. La Biennale de Venise s’apprête, elle, pour sa 54e édition ; le pavillon français y arborera les couleurs de Christian Boltanski. Au Japon, le musée Mori de Tokyo accueille jusqu’au 28 août l’exposition French Window, qui présente les œuvres d’une trentaine d’artistes français, ou résidant en France, ayant été sélectionnés pour le Prix Marcel Duchamp depuis 2000.  La création contemporaine haïtienne s’expose pour sa part jusqu’au 18 mai dans la capitale française, à l’espace agnès b. Le point commun de ces rendez-vous pour le moins divers de l’actualité culturelle ? Le soutien concret qui leur est apporté par l’Institut français, l’Epic (établissement  public à caractère industriel et commercial) qui s’est substitué à l’association Culturesfrance au 30 décembre 2010. Présidé par Xavier Darcos, ce véritable outil diplomatique a pour ambition, à terme, de faire vivre et agir en réseau les 150 Instituts français et les 1 016 alliances françaises répartis à travers le monde. Il a également pour mission l’accueil en France des cultures étrangères, à travers l’organisation de « saisons », de festivals et de résidences, et le développement d’actions de coopération artistique et culturelle à l’international. La mise en place d’un système de formation centralisé des agents culturels travaillant à l’étranger et le renforcement des liens avec les collectivités territoriales et les professionnels de la culture engagés dans l’action internationale font par ailleurs partie de ses nouveaux mandats. Revue de détails au côté de sa directrice générale déléguée, Sylviane Tarsot-Gillery*.

ArtsHebdo|Médias. – Quelles ont été les circonstances de votre venue à l’Institut français ?

Sylviane Tarsot-Gillery. – Je suis arrivée à Culturesfrance en octobre 2010, afin de préparer sa mutation vers l’Institut français. Ma venue correspond également à une volonté du ministère des Affaires étrangères de resserrer les liens avec le monde culturel ; j’ai en effet effectué l’essentiel de ma carrière au ministère de la Culture et de la Communication, dans différentes fonctions liées à la création (direction des Arts plastiques, direction du Théâtre et des Spectacles), mais aussi dans le cadre des Directions régionales des affaires culturelles (Drac). L’idée étant de faire en sorte que cet Institut français, qui est l’opérateur du ministère des Affaires étrangères pour la politique culturelle extérieure de l’Etat, ait une approche large : c’est-à-dire tournée vers le réseau diplomatique, bien sûr, mais aussi en lien avec les réseaux culturels en France.

Était-il nécessaire de réformer Culturesfrance ?

Culturesfrance était une association qui existait depuis 1923, pendant longtemps sous la forme de l’Afaa (association française pour l’action artistique) avant de changer d’appellation en 2006. En tant qu’association, Culturesfrance avait sa dynamique propre et n’avait pas, dans sa mission, réelle vocation à être en quelque sorte la tête de pont du réseau culturel français à l’extérieur. Or, c’est ce à quoi le législateur destine le nouvel Institut français. Cette réforme, voulue par la loi du 27 juillet 2010, n’est donc pas un simple changement de nom, ce n’est pas juste une association qui devient un établissement public d’état, c’est une autre façon de concevoir l’action culturelle extérieure. L’Institut français a vocation à animer le réseau mondial des postes à l’étranger, des instituts français et des centres culturels (qui deviendront aussi, à terme, des instituts français). On attend de sa création et de ce lien très fort voulu avec le réseau une capacité d’action plus cohérente, plus solide.

* Avant de rejoindre CulturesFrance, Sylviane Tarsot-Gillery était déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris depuis 2005. Elle a auparavant été directrice de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) de Haute Normandie, directrice adjointe de la Drac d’Ile de France et a occupé différents postes au sein du ministère de la Culture.

Institut français
Sylviane Tarsot-Gillery, directrice générale déléguée@de l’Institut français

Les Alliances françaises sont-elles incluses dans ce projet de mise en réseau ?

Les alliances restent un réseau parallèle avec lequel on travaille très étroitement, mais qui est de nature privée. Nous leur apportons un certain nombre de soutiens : le ministère des Affaires étrangères met ainsi à leur disposition des emplois tandis que nous, Institut français, soutenons financièrement des projets, au cas par cas. Notre mission d’action culturelle extérieure concerne bien sûr les instituts français dans le monde, mais aussi, quand il n’y a pas d’instituts, les services culturels des ambassades et les Alliances françaises.

Le réseau des acteurs culturels français à l’étranger est donc conjointement animé par le  ministère des Affaires étrangères et l’Institut français.

Aujourd’hui ce réseau reste sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères et des ambassadeurs, mais la loi de juillet 2010 a prévu une expérimentation sur trois ans. Il s’agit du rattachement à Paris des postes de 13 pays, répartis sur les cinq continents. Très concrètement, ça veut dire que nous sommes en train de mettre en place une organisation dans laquelle nous devenons l’employeur de tous les personnels (y compris les recrutés locaux). Nous allons intégrer les budgets, aussi bien pour apporter que pour encaisser des ressources, et donc avoir une gestion intégrée. Parmi eux, il y a quelques « gros » pays, tel le Royaume-Uni, où nous avons une présence forte, et d’autres où nous ne sommes pas très développés ; je pense au Chili ou à l’Inde, où le réseau de l’Alliance française  est important, mais où il n’y a pas d’institut. Ces 13 pays sont donc très différents : petits ou vastes, avec une structuration française forte ou au contraire assez légère, incarnée par des instituts ou des alliances. Nous avons trois ans pour déterminer en quoi cela peut apporter une valeur ajoutée aussi bien dans le fonctionnement que dans la cohérence d’action. L’objectif, à long terme, c’est d’avoir une capacité d’action en prise directe avec le terrain.

Au-delà de la gestion du personnel et des finances, y-aura-t-il une forme de mutualisation de la programmation culturelle ?

L’objectif de la constitution de ce réseau intégré, c’est de voir comment l’action qui est menée par l’Institut français ici, mais aussi par les instituts français dans le monde, peut avoir plus d’impact, plus de visibilité que lorsque l’on fonctionne avec une organisation comme celle qui a prévalu jusqu’ici, c’est-à-dire propre à chaque pays. L’idée, c’est effectivement de favoriser un fonctionnement mutualisé. Mais, ça ne veut surtout pas dire uniformisé, car ce serait, à mon sens, le contraire de l’intérêt de l’activité culturelle et artistique. En revanche sur la base de projets communs, il s’agit de pouvoir faciliter des coproductions, par exemple entre plusieurs pays en suivant des logiques régionales. Cela permettrait de monter une exposition et d’organiser pour elle une tournée, par exemple au Moyen-Orient ou en Asie.

Quel serait votre rôle vis-à-vis de ces coproductions régionales à l’étranger ?

Nous aurions un rôle à la fois de relais, de soutien, d’appui et de conseil. Certains instituts ont déjà pris des initiatives intéressantes, mis en place des outils, notamment informatiques, pour rendre plus accessibles leurs ressources artistiques et culturelles et en permettre l’accès à tous les publics. Ces outils, il faut en favoriser l’usage par d’autres postes, en les adaptant si nécessaire, ce qui entre complètement dans notre rôle. L’intérêt d’avoir cette approche intégrée, c’est aussi d’avoir une action démultipliée qui ne vient pas forcément du centre, de Paris. On peut penser, par exemple, au numérique, enjeu majeur du moment. Or la problématique du numérique ne se pose évidemment pas de la même manière à Tokyo ou à New York qu’à Ouagadougou ou à Phnom Penh… Il faut en même temps pouvoir affirmer une identité et avoir des propositions adaptées à chaque pays.

Damien Deroubaix, photo Jérôme Cristine courtesy Institut français
Porteur de lumière, installation présentée@lors d’une expo collective à Istanbul, Damien Deroubaix, 2010
Institut français de Florence
Le premier institut français@a été créé en Italie, à Florence en 1907.@ Il est abrité par le palais Lenzi

Quelles sont vos nouvelles missions ?

Il s’agit des missions de promotion, de communication et d’enseignement de la langue française, socle sur lequel sont largement fondées les propositions que nous mettons en avant sur le plan culturel et artistique.  Il ne faut pas négliger non plus le fait que l’enseignement du français à l’étranger est une source de revenus et qu’il participe au financement des instituts français dans le monde.

Comment ces revenus provenant de l’enseignement du français à l’étranger sont-ils redistribués ?

C’est une ressource qui est redéployée sur les activités artistiques. Or, on le sait, depuis une dizaine d’années les budgets des instituts français ont diminué, parce que les ressources de l’Etat ont diminué. Et pouvoir compenser ou trouver d’autres ressources de financement, comme les cours de français, fait désormais partie de notre mission. Un autre volet est le débat d’idées : la France compte une diversité de penseurs et de chercheurs qu’il est intéressant de promouvoir à l’instar de nos artistes. C’est une mission jusqu’ici développée grâce notamment au fonds d’Alembert, dont nous avons maintenant la responsabilité. Nous souhaitons l’amplifier, en lien avec les milieux universitaires, avec le monde des laboratoires d’idées, les cercles de pensées. Mais nous ne sommes pas là pour faire du prosélytisme ; ce qui nous intéresse, c’est de pouvoir organiser la confrontation, le dialogue et le débat. Nous avons toujours été très en pointe en matière de promotion du concept de diversité culturelle. On doit l’illustrer.

L’autre grand chantier est celui de la formation.

Nous avons en effet d’ores et déjà, depuis le 1er janvier, la responsabilité de la formation des agents du réseau. Tous les rapports qui ont précédé cette réforme ont régulièrement soulevé le paradoxe suivant : nous avons un réseau assez unique au monde par sa taille, mais qui se révèle très inégal. D’autant plus qu’à travers toutes sortes de règles liées à la fonction publique, les personnels tournent, et que, pour des raisons de ressources publiques, ils s’amenuisent. Il y a donc un enjeu de professionnalisation et de qualification de ce réseau.

N’y avait-il donc pas de conception centralisée de la formation du personnel culturel à l’étranger avant l’avènement de l’Institut français ?

Il y avait des actions assez structurées de formation, dans le domaine des professeurs de français notamment. Là, il s’agit de professionnaliser les personnes déjà en place sur l’ensemble du champ de compétences, qui est vaste. Dans les postes, vous avez les diplomates, des contractuels (beaucoup d’enseignants) et des personnes qui viennent plutôt du monde culturel. Il n’y a pas d’homogénéité. Cela fait partie de notre richesse, mais il faut quand même se fixer des objectifs qualitatifs, relatifs à ce que l’on attend de ce personnel et de son niveau de compétence. C’est un sujet complexe, qui nécessite en amont une réflexion sur la cartographie du monde : il y a des pays où la présence française est plus faible, peut-être pour des raisons linguistiques ou historiques, et où il n’est pas nécessaire de déployer une palette de compétences très étendue. En revanche, certaines régions du monde – je pense notamment aux pays européens, à l’Amérique du Nord, à certains pays d’Asie comme le Japon –, impliquent un personnel spécialisé sur un large registre d’activités culturelles et d’y faire connaître la création et la scène artistique française ; car ce sont des pays dotés d’une activité culturelle forte, un marché très dynamique, et qu’ils représentent de réels enjeux de présence.

Jean-Luc Moulène courtesy Kunstverein Nurnberg, photo Stephan Minx & Shirin Sahafiei
Vue de l’expo Mental Archaelogy, projet d’échange franco-allemand@Thermostat, Jean-Luc Moulène, 2010
Institut français
French Window, festival des arts visuels français à Tokyo, 2011

L’idée est-elle de mener des opérations de formation sur place ou bien des sessions en France ?

Nous pensons plutôt les faire venir ici. Nous avons besoin d’un personnel qui soit capable de promouvoir la scène artistique française, ce qui implique de bien la connaître. L’idée c’est que les attachés culturels, les directeurs d’instituts dans le monde, sachent trouver des propositions en fonction de la réalité du pays doù ils se trouvent. Le fait de venir se former en France leur permettra d’entrer en relation avec des professionnels français.

Quels sont les moyens affectés à ces missions nouvelles ?

Ce sont d’abord des moyens humains. Culturesfrance était une structure de l’ordre d’une centaine d’agents, nous passerons dès cette année à 150 et continuerons d’augmenter ces effectifs, jusqu’à un maximum fixé pour la structure à 200 personnes. Nous bénéficions par ailleurs de moyens financiers complémentaires, dans le cadre d’un budget établi sur trois années. Nous n’échapperons pas à l’effort d’économie que tous les établissements publics doivent faire dans les années à venir, mais nous avons la garantie que nos budgets ne seront pas amputés d’ici 2013. L’objectif d’économies à atteindre concernera davantage notre fonctionnement (- 10% sur trois ans) que nos activités.

Existe-t-il des possibilités de partenariats avec le secteur privé ?

Oui. Nous comptons aussi, parmi les objectifs qui nous sont assignés, celui d’accroître la part de financement privé de nos actions. Culturesfrance avait une activité de levée de fonds de mécénat très majoritairement concentrée sur le financement des saisons et des années. Dans le cadre de l’Institut français, l’objectif est de développer le mécénat sur l’ensemble de nos activités, en particulier celles dont nous sommes producteurs. Je pense aux grandes manifestations que nous coproduisons comme la Biennale de Venise, la Biennale d’architecture de São Paulo ou la Biennale de Bamako.

Renforcer les liens avec les collectivités territoriales et les professionnels de la culture engagés dans l’action internationale semble être l’une de vos autres ambitions. Par quoi cela se traduit-il ?

Dès 1995, l’Afaa avait mis en place une action en direction des collectivités territoriales pour les accompagner dans leur action internationale. Nous avons ainsi déjà une certaine pratique s’appuyant sur une quarantaine d’accords ou de conventions, plus ou moins actifs, déjà conclus avec des villes et des régions. J’ai donc écrit à chacun de ces partenaires afin de leur proposer de redéfinir notre coopération selon des critères plus sélectifs et d’essayer de réfléchir ensemble à des objectifs plus ciblés. Concrètement : nous essayons d’éviter le saupoudrage et de soutenir plutôt des actions d’institutions ou d’équipes artistiques locales qui peuvent s’inscrire dans la durée. L’idée motrice est de faire travailler les professionnels français et étrangers entre eux, de créer des dynamiques nouvelles dans lesquelles les villes ou les régions concernées évolueront indépendamment de nous.

Comment la commission qui évalue et fait le choix des projets que vous soutenez est-elle constituée ?

Les commissions qui nous aident à prendre les décisions de financement des projets sont composées de représentants du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Culture et d’experts. On a toujours cette composition tripartite quel que soit le type de projets (arts plastiques, théâtre, aide aux auteurs, etc.). Moi je n’en fais pas partie, je valide seulement les propositions qui sont faites.

Philippe Parreno courtesy Centre national des arts plastiques
Invisibleboy, œuvre présentée lors d’une expo@consécutive à une résidence de l’artiste@à Londres, Philippe Parreno, 2010
Philippe Parreno courtesy Centre national des arts plastiques
Invisibleboy, œuvre présentée lors d’une expo@consécutive à une résidence de l’artiste@à Londres, Philippe Parreno, 2010

Avez-vous un droit de veto ?

Oui. Mais depuis ma nomination je n’ai pas eu besoin de l’exercer !

Un jeune artiste a-t-il une chance d’être retenu ?

La question n’est pas tant de savoir si c’est un jeune artiste ; c’est surtout celle de sa capacité à présenter son projet à l’étranger. Une fois hors frontières, on est confronté à d’autres façons de travailler, à des difficultés propres au pays. Nous sommes là pour les aplanir, évidemment, mais il faut se donner toutes les chances de réussir et donc avoir un minimum d’expérience déjà chez soi : savoir comment s’organise une exposition, comment en tirer le meilleur parti, quelles sont les attentes du public, connaître les modes de fonctionnement de l’institution d’accueil, etc.

Mais un « jeune » artiste peut exposer de façon régulière en France, et ne pas être coté sur les marchés de l’art étrangers et donc,être parfaitement inconnu à l’international. Son entourage, le galeriste par exemple, ne peut-il être, alors, un relais utile ?

Pour nous, c’est très important. Un artiste n’est pas condamné à la reconnaissance des médias ou à la notoriété, mais il faut qu’un galeriste croie en lui. Le plus souvent, nous répondons à une demande émanant d’une institution étrangère ou d’un institut français à l’étranger, qui aimerait faire venir tel ou tel artiste. Dans ce cas, c’est plus les conditions dans lesquelles ils prévoient de monter l’opération que nous étudions : quelles garanties offrent-ils à l’artiste, y aura-t-il un catalogue, d’autres actions autour de l’expo, un atelier mis à sa disposition ? Qu’est-ce que ça apporte au parcours de l’artiste ? Quel atout est-ce pour lui d’aller à Marrakech plutôt qu’à Montréal ? Tel est le type de questions soulevées. Il n’est pas nécessaire d’avoir trente ans de carrière pour être diffusé. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que bien souvent, le réseau va de préférence appeler des personnalités connues, parce que leur notoriété va garantir la venue d’un public. Nous ne souhaitons pas que seul les plus connus tournent, mais ils sont appréciés et ils sont représentatifs de la qualité de ce que produit le marché français, il est donc logique de les soutenir.

Quand une année comme celle de la Russie en France est organisée, est-elle forcément croisée avec une année de la France en Russie ?

Pour la Russie, nous avons fait une année croisée en simultanée et ça a été très lourd en termes de gestion. Ce n’est donc pas la règle, ça l’est même rarement. Il y a eu le Brésil en 2005, mais avec un retour quelques années plus tard.

Quel bilan tirez-vous de cette année Russie?

Un bilan positif, puisque je crois que c’est l’année qui a totalisé le plus de manifestations,  avec surtout une envie de continuer car beaucoup d’acteurs culturels russes ont demandé à continuer les échanges. On ne peut poursuivre chaque année sur le même thème, mais il devrait y avoir prochainement une année littéraire France-Russie.

Ces années sont-elles organisées selon des échéances régulières ?

Notre calendrier est souvent lié à des événements : la mise en place de relations diplomatiques (le Printemps de Corée avait été organisé en 2006 à l’occasion des 120 ans de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et la Corée du Sud), l’anniversaire de l’indépendance d’un pays ou une visite présidentielle. Ça a été le cas avec l’Afrique du Sud, puisque lors de la visite du président Jacob Zuma à Paris, début mars, il a été décidé d’une année de la France en Afrique du Sud, l’année prochaine, et d’un retour en 2013. Il ne s’agit pas toujours d’années mais aussi de saisons, qui durent dans ce cas plutôt six mois.

Jean-Marc Bustamente courtesy Institut français
Double miroir, expo personnelle à Moscou@dans le cadre de l’année croisée@France-Russie, Jean-Marc Bustamente, 1991
Institut français
Le festival Croisements propose@cette année 183 événements culturels@et artistiques@franco-chinois en Chine, 2011

Comment s’organisent les résidences d’artistes étrangers à Paris et celles d’artistes français à l’étranger ?

Tout est basé sur la réflexion suivante : comment insérer ces artistes étrangers en résidence dans le réseau professionnel parisien ? Il nous faut les faire rencontrer les institutions de manière plus systématique, ce qui n’était pas toujours le cas jusqu’à présent. A New York et Tokyo, nous envoyons des artistes français dans ce même souci d’insertion professionnelle.

Il y a également le programme « Hors les murs » (destiné à des créateurs et des professionnels français souhaitant séjourner à l’étranger dans le cadre d’un projet spécifique et dans un pays de leur choix). Ce sont souvent les postes (ambassades, instituts culturels ou Alliances) qui proposent des possibilités de résidences et, de notre côté, nous pouvons allouer une allocation d’étude ou de recherche au créateur. Nous avons par ailleurs entrepris de recenser les possibilités de résidence à l’étranger afin de remplir aussi un rôle de conseil auprès des artistes comme auprès des postes. Enfin, nous souhaitons élargir le périmètre de la résidence en ne réservant plus seulement le concept aux artistes mais en le proposant aux commissaires d’exposition, aux conservateurs, aux critiques, et à tout un panel de métiers liés à l’art.

Y-a-t-il une action plus spécifiquement européenne ?

L’Europe est pour nous un terrain privilégié puisqu’elle est notre territoire d’extension naturelle. Nous sommes présents sur l’ensemble de ce territoire, mais la France est encore un peu frileuse ou en tout cas pas assez active. Notre présence, notamment pour influer sur la définition des programmes et sur les actions qui sont menées par la Commission reste encore mal affirmée. Nous développons actuellement une action spécifique visant à promouvoir l’idée d’une politique culturelle européenne et venons de créer, à cet effet, une cellule qui aura pour mission de développer notre capacité d’information, de mutualisation, d’expertise en matière de programmes européens et de mobilisation des fonds européens. Elle sera aussi bien au service des postes, des instituts français, qu’à celui des équipes artistiques et des institutions elles-mêmes. Nous faisons par ailleurs partie de l’Eunic (Union européenne des instituts culturels nationaux), qui vise à maintenir la préoccupation culturelle au niveau de la Commission, à imaginer des actions en commun, et au sein de laquelle nous voulons être plus actifs. C’est pour nous un axe de développement nouveau qui a un intérêt évidemment politique, mais aussi financier, car les Français sont loin d’être les meilleurs dans la mobilisation des fonds européens.

Culturesfrance avait développé toute une action en direction des pays du Sud, la réforme entend-elle la poursuivre ?

Cette action sera même renforcée. C’est une spécificité française. Je crois qu’il est assez unique qu’un pays soutienne la promotion de la culture et d’artistes dont ce n’est pas la terre natale. C’est ce que nous faisons à travers le programme « Afrique et Caraïbes en création », qui est un programme très diversifié dans le domaine aussi bien du spectacle, des arts visuels, que du soutien aux artistes, à leur professionnalisation, à la structuration de marchés et d’opérations propres à ces pays. Cette politique a beaucoup de sens si l’on pense à l’engagement de la France pour promouvoir la diversité culturelle. C’est bien de promouvoir des idées, mais c’est encore mieux de les traduire dans la réalité.

Cette action envers le Sud est-elle favorisée par un passé commun ?

Il y a la langue bien sûr, on se tournera plus spontanément vers un pays francophone, mais il n’y a pas d’exclusive. Il y a une demande de la part d’autres pays d’Afrique non francophone qui s’adresse à nous parce que justement ça n’existe pas ailleurs.

Quel est le retour attendu ?

On peut le présenter de différentes manières. Il y a la volonté, réelle, d’entretenir des pôles de création et de créativité multiples et divers. Il est vrai aussi qu’en termes diplomatiques, nous avons intérêt à garder des zones d’influence ; ces pays seront plus facilement des alliés. Nous sommes avant tout un outil diplomatique, il ne faut pas l’oublier.

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