Corentin Grossmann à Paris – Un grain de couleur en plus

Corentin Grossmann, courtesy galerie Jeanroch Dard

Il est des mondes fantastiques en art qui font coexister plus que d’autres des vérités non perceptibles. Ceux créés par l’artiste Corentin Grossmann renversent les diktats terrestres, inversent les échelles et empilent les références aux univers animal et végétal. Tout ici s’entremêle et se réinvente sans cesse dans des tableaux au graphite coloré. L’artiste français, récemment installé à Bruxelles, est actuellement l’invité de la galerie Jeanroch Dard, à Paris.

Tranches de saucisson en suspension, roches à l’aspect cotonneux, pommes de terre géantes, champignons bleus, lamas aux poils longs ou poissons terrestres : le monde de Corentin Grossmann s’amuse de la diversité du vivant. Certains grands formats s’apparentent aux représentations de Miyazaki ou de Dürer  : à l’aune d’un paradis enchanteur, le chaos s’immisce par les interstices, se colle à la matérialité du monde. Teintées d’exotisme par la présence de palmiers ou d’animaux sauvages, ses œuvres engendrent une profondeur utopique. «  Mes parents nous emmenaient, mon frère et moi, à chaque fois que nous étions en vacances, dans le sud de la France. Je crois que ce mouvement pendulaire, du nord vers le sud, aura beaucoup nourri mon imaginaire. Finalement, ces palmiers, signes avant-coureurs de notre arrivée, conservent une dimension magique, confirmée plus tard par leur qualité d’icône mondiale du soleil, qu’ils veillent sur les villas californiennes ou les morts d’Haïti.  » Avec une utilisation fantastique des jeux d’échelles, le dessinateur déstabilise notre perception des éléments. Il dérange tout ce qui pourrait permettre d’inscrire l’œuvre dans un contexte précis, que ce soit géographique, historique ou même esthétique. «  Cela correspond à un désir de laisser l’œuvre ouverte, en déréglant les hiérarchies mais aussi en permettant de rejouer librement les interactions entre les différents éléments qui composent une scène. J’essaye de faire exister, simultanément, l’immense et l’infiniment petit qui se perçoit à travers le grain de mes dessins, travaillé à l’extrême  », précise ce trentenaire lorrain, récemment installé à Bruxelles.

Corentin Grossmann, courtesy galerie Jeanroch Dard
J’eyser, graphite et aérographe sur papie@ (30 x 40 cm), Corentin Grossmann, 2013
Corentin Grossmann, courtesy galerie Jeanroch Dard
In Progress, Corentin Grossmann, 2014
Depuis quelques mois, la couleur est apparue – tout d’abord par tâches, puis par ensembles – pour souligner le grain des éléments, pour leur donner du volume. Il serait plus juste d’indiquer qu’elle est réapparue  : aux Beaux-Arts, il travaillait exclusivement en couleur, mais avec un résultat qu’il qualifie aujourd’hui de décevant, car trop «  bariolé  ». Dans la série de dessins Neukölln, vue lors de sa première exposition personnelle à Paris en 2009, Corentin Grossmann la réintroduit avec prudence. Puis, en 2011 pour l’exposition Notre Monde à la galerie Jeanroch Dard, il colorie seulement un élément avec une couleur unique  : «  J’aimais la résonance qui se produisait, la pureté d’une seule couleur dans un environnement en noir et blanc. C’était LA couleur !  », se rappelle-t-il. Dans ses dernières œuvres, il en fait un plein usage et joue la dissonance. Dans certains petits formats, des cactus vibrent grâce au vert fluo ; dans un autre, le rouge éclatant rend un visage écarlate. «  Tout ceci dans l’idée de faire ressentir “immédiatement” au spectateur une dimension climatique. La couleur est extrêmement puissante. J’ai souvent détruit des œuvres en les colorant. Je m’en méfie beaucoup, mais, après toutes ces expériences, je crois avoir trouvé un juste milieu.  »

En explorateur qu’il voulait être enfant, Corentin Grossmann s’aventure depuis peu dans le monde de la céramique, telle une mise en volume de ses dessins. Le lama prend la forme d’une sculpture qui pleure – vraiment – des larmes de tristesse, un animal aquatique s’est transformé en peau ondulée, un perroquet n’a gardé que sa tête jaune «  flashy  ». Autant de mutations qui disent l’introspection vitale de ce dessinateur qui le mène vers un fascinant inconnu.

Corentin Grossmann, courtesy galerie Jeanroch Dard
Cebus, Corentin Grossmann

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