Parallèle’s – Le Huit et l’Infini

Anne Pourny

Entre faille et lumière, silence ou murmure, ces passeurs d’art nous entrouvrent les portes de l’invisible ; ils sont les hôtes d’un univers où la lumière vibre à l’arête des pierres, où les veines du bois, irriguées de lueurs chaudes, cèlent leur mystère et en exaltent l’énergie primordiale, où la couleur s’empare de l’espace et en diapre la lumière. Ils sont au nombre de huit, peintres et sculpteurs, réunis par-delà les frontières géographiques et artistiques en une sorte de phalanstère poétique ; exempts de toute connivence de circonstance, une ferveur détachée de cette « abominable réalité » qu’exécrait tant Henri Michaux les rassemble depuis cet été 2009 où ils créaient le groupe Parallèle’s. S’ils se sont éloignés de l’art figuratif, ils ne se détachent du “réel” que pour mieux en appréhender l’intime, les vibrations enfouies, les lumières fugaces. En ce XXIe siècle à peine entamé et déjà si angoissé et “merchandisé” cherchant désespérément son identité, s’ils sont souvent les grands oubliés de la scène artistique et du grand public, leur art n’en perpétue pas moins une antique tradition des savoirs humains. Ils s’imposent aujourd’hui en transmetteurs dont les outils – qu’ils fassent vibrer le bois ou chanter la pierre, qu’ils glissent sur la page vierge ou la caressent d’un pinceau léger – s’aventurent vers l’inconnu, se vouent à l’indicible, s’enfoncent dans un monde voilé dont les arcanes sont à révéler. Une même exigence les anime, une même rigueur les caractérise. Et notre société, si prodigue en images au point qu’elles se bousculent jusqu’au vertige de la mémoire, n’en a sans doute pas fini avec cet art épuré qui transcende le réel, n’en veut garder que l’essentiel, en équilibre aléatoire entre terre et ciel.
Hélène Gauthier
Pilier, En rêvant à Mahabalipuram, séquoia (2 m)., Hélène Gauthier

Sous l’aubier, le cœur

Car il s’agit bien d’un voyage initiatique auquel les artistes de Parallèle’s nous convient : au cœur de la mémoire, d’une contrée oubliée, d’un théâtre d’ombre et de lumière où le mystère est offert à qui sait en discerner les forces imprévisibles : celles qui abolissent le hasard. « J’aime la sobriété intense de ces outils qui avec le bois, la pierre, le papier et les couleurs, tous issus de la terre, nous aident si bien à donner forme et couleur aux fossiles de la mémoire enfouis en nous » confie le peintre et plasticien Gianbattista Bresciani.

Aucune proclamation, ni manifeste, n’est venue présider aux destinées du groupe né sous le signe, ô combien symbolique, du nombre 8, le nombre de l’équilibre cosmique qui, lorsqu’il s’abandonne à l’horizontale, nous annonce l’infini… ; et les huit artistes, rassemblés sous d’aussi heureux auspices sont bien décidés à accueillir tous ceux qui souhaitent les rejoindre. En ces temps où les possibles artistiques – de l’arte povera au virtuel – sont légion et où l’art et le marché de l’art se confondent, où dans nos sociétés en perte de repères, sévit un art de l’esbroufe, de pacotille, demeure aussi une création authentique, étrangère à toute simulation et qui resserre ses rangs. Les artistes de Parallèle’s privilégient ce dialogue intime avec la matière, cette quête des liens et de cette mémoire enfouie qui nous rattachent aux forces de la nature. Sans renier les maîtres anciens, sans chercher à en découdre ou faire table rase avec les formes du passé, ils puisent plutôt à la source vive de l’émotion, d’une pensée tournée vers les strates intimes où, sous l’aubier, bat le cœur, et s’aventurent vers l’espace du dedans, en traquent le mystère, en restituent la lumière.

Le cercle des Huit : Ashley, peintre, né en Angleterre près du site mégalithique de Stonehenge. Gianbattista Bresciani, peintre et plasticien, né en Italie à Bergame. Franck Duminil, peintre, né à Paris. Hélène Gauthier, sculpteur, née à Neuilly. Liliane Heildelberger, sculpteur, originaire du Berry. Catherine Léva, sculpteur, née à Paris. Anne Pourny, peintre, originaire de Tarbes. Michel Savattier, peintre, né à Boulogne-sur-Seine.

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