Disturbing – Trois artistes en eaux troubles

Florence Reymond courtesy galerie Pierrick Touchefeu

Tous trois partagent une parfaite maîtrise du trait, évoluent dans un univers dynamique et coloré, et affichent un certain détachement quant aux notions de perspective et d’échelle. Peinture et dessin sont leurs terrains de jeu favoris, par lesquels ils dévoilent, chacun, et par bribes, une intimité singulière, troublante et envoûtante.

Pat Andrea est l’aîné d’entre eux. L’artiste d’origine néerlandaise fut à la fin des années 70, aux côtés notamment de David Hockney et de Sam Szafran, l’un des hérauts du mouvement de la Nouvelle Subjectivité. Il développe depuis une œuvre figurative et énigmatique, dont émane une symbolique puissante. La plupart de ses tableaux mettent en scène des huis clos aux formes géométriques épurées  ; tapissés de couleurs crues, ils constituent les décors favoris du peintre, qui estime que «  les paysages défont les relations humaines  », au sein desquels évoluent des personnages, souvent féminins, dont l’érotisme évident n’en est pas moins étrange, voire effrayant. Sexe, violence et mort sont les thèmes récurrents d’un imaginaire qui s’est, entre autres, nourri de ses nombreux voyages en Amérique du Sud et en Europe.

Pat Andrea courtesy galerie Pierrick Touchefeu
El angelito o the sweetheart, huile et caséine sur toile @(160 x 160 cm), Pat Andrea, 2007/2008

«  Je crois que tout est de l’ordre du désir.  » Iris Levasseur ondule pour sa part avec aisance entre mythe et réalité, onirisme et éléments du quotidien volés au détour d’une scène de rue. La violence des relations humaines est sous-jacente, mais omniprésente. Evoluant dans un univers pictural aux couches multiples et transparentes, ses figures masculines et féminines interpellent et inquiètent. Désir, brutalité, peur et incertitude sont ici inextricablement mêlés. Le champ d’interprétation de chacune de ses toiles est cependant laissé délibérément grand ouvert, propice à une ample diversité de significations dont elle se garde bien de donner les clés. Au mieux parsème-t-elle quelques indices, laissant chacun faire le choix de la piste à suivre.

Florence Reymond a, quant à elle, entrepris un vaste travail sur la mémoire en s’appuyant sur l’absence cruelle de bons souvenirs d’enfance en même temps que sur la reconstitution de fragments de cette période de sa vie à partir de diapositives, découvertes par hasard dans un recoin de sa cave. «  La famille symbolise selon moi le lieu par excellence à la fois de l’épanouissement et des névroses, elle est tour à tour refuge et prison.  » Les couleurs acidulées qui prédominent dans ses tableaux, loin de leur conférer la naïveté attendue, viennent au contraire accentuer le caractère sombre et dramatique de la toile de fond. L’artiste aime également jouer avec les juxtapositions et superpositions de plans et d’images, manière d’évoquer «  notre environnement urbain saturé de messages et d’images  ».

La réunion, au sein d’une même exposition, de ce trio pictural offre une approche inédite de chacune des œuvres en même temps que l’opportunité d’assister au passionnant dialogue qui, tout naturellement, s’instaure entre elles.

Pat Andrea courtesy galerie Pierrick Touchefeu
Zumbido de insectos, technique mixte sur papier @(160 x 180 cm), Pat Andrea, 2007/2008

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