Art & Sciences – Archilab – Quand l’architecture respire

Jenny Sabin, courtesy Frac Centre

Inauguré pour les Journées du patrimoine, le nouveau Frac de la région Centre accueille actuellement la 9e édition d’ArchiLab, véritable laboratoire présentant les recherches les plus avancées en matière de création architecturale. Créée en 1999 par Marie-Ange Brayer, directrice du Frac Centre, et Frédéric Migayrou, directeur adjoint au Centre Pompidou, la manifestation présente les projets de quarante architectes, designers et artistes, choisis pour faire écho à son thème : «  Naturaliser l’architecture  ».

Tout commence à la gare d’Austerlitz, par un couloir qui mène au quai. A gauche, une belle bâche imprimée attire l’œil et déflore la surprise  : il est là, inscrit dans un paysage urbain au ciel outrageusement bleu et nuageux à la fois. Le regard ne s’attarde pas trop, inutile de s’émousser sur une représentation alors que le bâtiment de verre et de métal n’est plus qu’à une heure et demie de rail. Orléans est notre destination. Imaginé par Jakob + MacFarlane, le bâtiment d’entrée du Frac Centre, nommé Les Turbulences, est installé sur une esplanade en contrebas de la rue et greffé sur d’anciens bâtiments de l’armée. Trois excroissances de métal et de verre évoquent un corps hybride tout droit sorti d’un roman de science-fiction. Pensé comme le lieu d’une interaction avec la ville et ses habitants, il est doté de plusieurs centaines de diodes, véritable «  peau de lumière  » conçue par le duo d’artistes Electronic Shadow (Naziha Mestaoui et Yacine Aït Kaci). Reprenant les lignes de construction des Turbulences, les points lumineux se densifient pour matérialiser tour à tour des lignes, des surfaces, des volumes, des images. Interactif, ce vêtement répond à son environnement en prenant en compte des données climatiques et aux sollicitations de ces créateurs en déroulant des scénarios d’animation conçus par eux. Une fois à l’intérieur, la surprise est totale. L’armure de l’extérieur se transforme en un superbe volume dessiné par une structure métallique tubulaire portant des panneaux de bois. A l’accueil, le sourire est naturel et chaleureux comme l’endroit. Mais déjà le bâtiment s’efface, cet œil, décidément toujours aux aguets, a repéré Polymorph de Jenny Sabin.

Fabriqués à l’aide d’une imprimante 3D, 1300 modules de céramique s’imbriquent les uns dans les autres pour composer un volume retenu par des fils tendus à plusieurs mètres au-dessus du sol. L’Américaine s’intéresse aux relations qu’entretient l’architecture avec les mathématiques et les sciences, particulièrement la biologie. Le projet présenté analyse le passage entre le design numérique et sa matérialisation. Il montre un réseau de branchements directement inspiré du comportement cellulaire. «  La collaboration avec des scientifiques est plutôt rare. Il faudrait réunir architectes, designers, biologistes, ingénieurs… dans un même atelier pour développer de nouvelles façons de penser, de regarder. Pour repousser, voire abolir, les frontières entre les disciplines. Mon objectif est de créer un nouvel espace conceptuel de fusion entre le design et les sciences, offrir de nouvelles expressions formelles et matérielles dans le domaine de l’architecture tout en prenant en compte les problèmes environnementaux  », explique l’architecte.

Jakob + MacFarlane, courtesy Frac Centre
Les Turbulences, Frac Centre, Jakob + MacFarlane
A quelques mètres de là débute officiellement ArchiLab, édition 9. En dehors d’une robe d’Iris van Herpen, l’œil, cette fois, n’a plus aucun repère. Il glisse des Livepaintings de Perry Hall à Chrysalis III de l’agence Matsys, en passant par META-Folly for the Metropolitan Landscape d’ecoLogicStudio, plongé dans une fascination des formes et des matériaux. «  Les architectes exposés mettent en œuvre des stratégies spécifiques en vue de dépasser la distinction entre nature et artifice. La maîtrise de principes de formation et de croissance propres au domaine du vivant inaugure une véritable méta-écologie. C’est une mutation profonde du concept même de nature qui est ainsi engagée, indissociable désormais de l’artifice, de la production technique et technologique  », expliquent les commissaires de l’exposition Marie-Ange Brayer, directrice du Frac Centre, et Frédéric Migayrou, directeur adjoint au Centre Pompidou. Parmi les projets les plus spectaculaires, notons Grotto Prototype de Michael Hansmeyer avec Benjamin Dillenburger. Conçu spécifiquement pour ArchiLab dans le cadre de la collection du Frac Centre, ce pavillon à l’aspect délicieusement baroque est une illustration de la maîtrise exceptionnelle offerte par les outils de conception et de fabrication numérique. Cette architecture, développée grâce à des procédures informatiques de génération de formes, a été obtenue grâce aux techniques d’impression 3D. «  Le design numérique va changer plus radicalement l’architecture que les précédentes avancées technologiques  », confie Michael Hansmeyer, qui se demande si l’architecte va être amené à développer ses propres programmes ou s’il se contentera d’utiliser ceux en circulation et s’interroge également sur le devenir de l’architecture ainsi que sur l’éventuelle capacité de celle-ci à ne produire que des projets singuliers. La non-standardisation deviendra-t-elle la norme  ?

De leur côté, Herwig Baumgartner et Scott Uriu (agence B + U) développent une architecture entre nature et technologie. Les outils digitaux leur permettent de combiner des paramètres environnementaux, notamment les sons et les ondes magnétiques. La Housing Tower propose la réalisation d’un bâtiment organique, interactif et intelligent. «  L’extérieur du bâtiment est le résultat direct de ce qui se passe à l’intérieur. Les ouvertures peuvent s’ouvrir ou se fermer sans système mécanique et un film réfléchissant permet de capter l’énergie solaire  », précisent les architectes. Dans l’obscurité, Petting Zoo salue le visiteur. Cette installation robotique et interactive, signée Minimaforms, est composée de trois tentacules lumineuses, flexibles, vibrantes et émettant des sons. Elles évoluent dans l’espace en fonction des mouvements de leurs invités s’adonnant avec eux à une véritable danse. L’empathie avec la machine est immédiate et l’envie de la caresser comme on le ferait avec un animal irrépressible. Tout le monde avance la main  ! La litanie des projets enthousiasmants et particulièrement édifiants d’ArchiLab pourrait s’allonger encore et encore. Mais c’est désormais à votre œil d’aller s’y exercer.

Michael Hansmeyer avec Benjamin Dillenburger, courtesy Frac Centre
Grotto Prototype, Michael Hansmeyer@avec Benjamin Dillenburger

GALERIE

Contact
Crédits photos