Kim Simonsson – L’émail de l’enfance

Kim Simonsson

Des yeux de verre aux têtes légèrement difformes incarnent des corps d’enfants, une nature profane les accompagne : le sculpteur finlandais Kim Simonsson dévoile un pan de l’art scandinave. « Vous devez être un enfant quand vous vous consacrez à l’art, ne pas vous prendre trop au sérieux » confie l’artiste qui redore, par sa technique, le blason de la céramique en l’utilisant comme une arme contemporaine. Sous la grande verrière de la galerie parisienne Favardin & de Verneuil, les personnages de l’artiste nordiste créent, sur 180 m2, une atmosphère de mythe renversé : la toute-puissance appartient à l’enfance. D’aucuns attribuent à l’univers du manga japonais la pureté des traits trop lisses de ces enfants rois. S’habiller d’une peau de chien jovial, expirer tout son être dans une bulle chromée de Bubble Gum ou tenir dans sa main une poupée de soi en or, l’émerveillement de l’âge tendre des contes d’Andersen s’émancipe sans façon du complexe d’Œdipe. En sculpteur atypique, sa préférence, Kim Simonsson la dédie aux volumes d’une céramique en trois dimensions. La couleur, il considère qu’elle amoindrit « l’impact, la force de la forme ». C’est pourquoi, le blanc et le verre prédominent. Cà et là, des taches opaques de peinture automobile stigmatisent les frappes aléatoires d’un monde extérieur invisible. Alors, ruissellements de mercure, de mélasse bleue gluante pénètrent ces corps sans normes. Seules les expressions des mains trahissent quelque émotion : complète résignation ou naïf émerveillement. « Ils peuvent faire ce que bon leur semble, ils n’ont pas conscience des conséquences » confie le sculpteur peu enclin à expliquer son œuvre. Mais sauront-ils grandir dotés d’une telle nature ambiguë ? Voilà peut-être pourquoi un lapin soldat, visiblement échappé d’un temple cosmique, monte la garde et, assisté d’un jumeau exterminateur, prévient tout assaut de conformité. Par-delà le bien et le mal, le rêve d’artiste de Kim Simonsson fait naître une enfance inconsciente des torts de l’innocence.
Kim Simonsson
Utopia, Kim Simonsson, 2008

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