« Place aux jeunes ! » à Paris – Quatre talents dans le vent

Valentin Goethals, courtesy galerie Guillaume

Ils sont quatre, deux filles et deux garçons, ont moins de 35 ans, sortent des Beaux-Arts de Paris et pratiquent la peinture, l’installation, la vidéo et le dessin. Anne-Charlotte Finel, Valentin Goethals, Filip Mirazovic et Sarah Pignier ont été sélectionnés par Michel Brière, aumônier de l’école et critique d’art, à l’invitation de la galerie Guillaume dans le cadre de la deuxième édition de Place aux jeunes  !, un cycle d’expositions initié en 2011 et destiné à faire découvrir de nouveaux talents.

« Ces quatre jeunes artistes sont engagés dans les tensions de la création artistique actuelle. L’art oriente leurs préoccupations et leur vie tout entière, commente Michel Brière. Pas de “soi-disant retour en arrière”  : ils ne reviennent pas à la figuration, ils l’arborent fièrement, parce qu’elle s’impose. Dans la prolifération d’images urbaines et virtuelles, ils ne fuient rien, sinon la rumeur et les bavardages. »

Diplômée de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2010, avec les félicitations du jury, Anne-Charlotte Finel présente une vidéo intitulée Brume, un plan fixe de 2’24 ? sur un paysage d’eau à travers lequel elle fait dialoguer peinture, photographie et vidéo pour créer une situation mêlant irréel et ordinaire. Sur l’écran, le rythme est double et inversé : rapide pour la brume, tranquille pour l’eau. En haut de l’image, de légers mouvements parfois apparaissent  : ceux provoqués par des canards évoluant sur la surface limpide. Troublé, le spectateur se laisse happer par cet univers étrange et fascinant.

Valentin Goethals est pour sa part toujours étudiant aux Beaux-Arts, dans l’atelier de François Boisrond. Le jeune peintre livre des toiles emplies de mémoire, de références puisées dans la littérature et dans l’histoire de l’art, tout en évoquant ses propres souvenirs et impressions furtives restés jusqu’alors enfouis. « Les tableaux de Valentin Goethals réussissent à donner l’infinie richesse du quotidien dans leur trivialité de toile tendue sur un châssis », explique Michel Brière.

Anne-Charlotte Finel, courtesy galerie Guillaume
Brume vidéo HD (2’24’’), Anne-Charlotte Finel, 2010
Installé en France depuis 1992, l’artiste d’origine serbe Filip Mirazovic entremêle paysages naturels et scènes d’intérieurs, dénuées de présence humaine, pour créer des rencontres originales et insolites. « La peinture de Filip Mirazovic est une peinture descendue aux enfers des tourments qui nous épuisent secrètement, analyse ici le critique. L’imagination créatrice de l’artiste y transfigure nos cauchemars à travers les archétypes du classicisme grand siècle, pour offrir aux angoisses de ce temps une traversée, un passage, de la mort à la vie. »

Sortie des Beaux-Arts de Paris il y a quatre ans, Sarah Pignier a depuis nourri son inspiration au fil de plusieurs voyages, dont un séjour d’études à Sydney, élaborant un travail autour de la photographie, de la vidéo et du dessin. De Carnac au continent africain, en passant par Chicago et le jardin des Tuileries, à Paris, la jeune plasticienne révèle sa fascination pour le reflet, qui « épure, dédouble pour simplifier, déforme vers une autre vérité », selon Michel Brière. Récemment, Sarah Pignier a entrepris de travailler le thème de la nature et du paysage à travers une série de dessins grands formats à l’encre de Chine et selon la technique du lavis.

Aux œuvres de ces jeunes artistes bien décidés à interroger le monde actuel tout en questionnant la notion de tableau contemporain, le commissaire d’exposition a, par ailleurs, choisi d’associer celles de leur aîné Jean-Baptiste Ambroselli, « témoin d’une fidélité dans la continuité de ruptures qu’est l’histoire de l’art ». « Ses peintures sont des moments de respiration “où le bonhomme et la nature sont au même rythme”, précise-t-il. Sur le vif, le geste et la touche composent alors la figure de l’échange. Cette peinture-là n’a pas d’âge, elle a gagné peu à peu, par dépouillement, la simplicité qui n’est jamais à la mode. En ce sens, elle est vraiment contemporaine. »

Jean-Baptiste Ambroselli, courtesy galerie Guillaume
Chêne, gouache sur papier@(100 x 90 cm), Jean-Baptiste Ambroselli, 2012

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