Jörg Hermle à Paris – L’expression d’une réalité

La galerie Claudine Legrand, à Paris, présente actuellement les nouvelles toiles de Jörg Hermle qui renoue avec des scènes de genre, de celles qui émaillent notre quotidien sans plus retenir notre attention. Le peintre nous tend un miroir, sans jugement ni complaisance.

« La peinture est un langage millénaire », glisse Jörg Hermle entre deux explications. Pas question pour lui de partir dans un cours magistral sur le rôle de l’œuvre ou celui de l’artiste, mais une façon de raccrocher la discussion à l’essentiel : le fond ne peut être oublié au profit de la forme. Pour l’expressionnisme, plus que pour tout autre mouvement. « Il est étroitement rattaché à une réalité culturelle. Je ne me lasse pas d’en observer les prémices dans la peinture de la Renaissance où, à côté d’esthètes comme Giovanni Bellini, Raphaël ou Jean Fouquet, les Matthias Grünewald, Jérôme Bosch et Albrecht Dürer font montre d’un expressionnisme évident. Tout cela porte à croire que ce mode d’expression n’est en aucun cas une recherche formelle, mais un cri venant de l’intérieur. » Moins d’illusions, moins de séduction. Le témoignage d’une Europe du Nord, plus rude et plus ancrée dans la vie quotidienne. Si Jörg Hermle s’y attarde, c’est qu’il y a quelques mois il a été amené à renouveler sa réflexion sur le sujet à la faveur d’une exposition collective, intitulée L’expressionnisme contemporain, organisée par la galerie parisienne Schwab Beaubourg. « Il ne suffit pas de peindre à grands coups de pinceau, de montrer des êtres grimaçants, de voir tout en noir, d’évoquer la mort ou de faire couler le sang… Il existe aujourd’hui un attrait complaisant pour l’horreur et la violence qui correspond plutôt à un voyeurisme malsain qu’à l’expressionnisme. »

Une manie bien contemporaine

Avant d’être un geste, l’expressionnisme est un contenu social et politique. Il tend un miroir, fait une mise au point sur les petits et grands travers de la société. Ainsi sont nées deux nouvelles séries. La première concerne les hommes de pouvoir. Probablement qu’une année politique et économique aussi chargée que 2012 a su inspirer ce travail. Ils sont là, derrières leur micro, haranguant la foule, les décideurs et autres politiciens et s’adressant à ceux qui sont exploités. Dans une main, certains tiennent un corps féminin. Preuve que les femmes demeurent encore trop souvent les victimes d’un monde toujours dominé par les hommes. Avec l’autre série, Jörg Hermle s’attache à une manie bien contemporaine et devenue « quasi universelle » : l’utilisation des téléphones portables. « Quand on rentre dans un café et que l’on voit tous ces gens assis avec des mobiles, on ne peut qu’être troublé par l’absence de vie sociale dans un lieu qui traditionnellement avait vocation à l’accueillir. C’est stupéfiant de constater combien l’isolement des gens s’accroît à mesure que la communication se développe. Ce n’est pas une critique, juste un constat. » En attendant, il fait mouche. Voir tous ces gens à la mine défaite plus soucieux que concentrés, plus interdits qu’épanouis, parle franchement à ceux que les grandes villes abritent. Du moins, ces derniers pensent-ils encore que la campagne demeure préservée. Une illusion sans doute.

Jörg Hermle

Peindre une crucifixion

Après un période que l’on pourrait qualifier « des fonds verts », durant laquelle il a campé de fantastiques histoires à l’orée du conte, Jörg Hermle a réalisé un projet vieux d’une dizaine d’années : peindre une crucifixion. « Un jour que je visitais une petite église romane, j’ai été interloqué : à l’intérieur, trônait une affreuse crucifixion “contemporaine”. Je ne sais comment elle était arrivée là, mais elle m’avait donné l’envie d’en peindre une moi-même. Périodiquement, l’idée a refait surface sans pour autant se concrétiser. Mais il y a quelques mois, la solution s’est présentée dans un lieu public viennois. L’endroit était bondé, c’était l’heure du déjeuner, au mur était accrochée une scène religieuse. Ça a fait tilt ! Cette représentation d’un événement vieux de 2 000 ans, surplombant une assemblée aucunement préoccupée par ce dernier, m’a frappé » De retour en France, le peintre réalise une série de crucifixions dominant une foule de gens attablés, probablement depuis deux millénaires. « La tragédie manifestement ne les concerne plus, alors même que les racines de leur civilisation plongent dans la culture et la morale judéo-chrétienne. »

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