Reza – Sur les chemins de la quête de soi

«  Je viens d’Iran, un pays d’Orient où l’on raconte des histoires. Voilà pourquoi je suis moi aussi un conteur.  » Le récit se déroule ici au rythme de six immenses panneaux recouvrant les hautes parois curvilignes qui s’étendent, sur près de 80 mètres, de part et d’autre des rails de la gare souterraine du Luxembourg, à Paris. Sur chacun d’eux, textes et images du photographe Reza – pour lequel «  il était important que ces photographies soient vues dans ces conditions, et non pas dans un musée  » – s’offrent à la curiosité du voyageur en transit, l’emmenant loin du paysage familier de la capitale, à la rencontre d’autres mondes et de leurs habitants. Et notamment ceux bordant la route de la soie, itinéraire mythique reliant la Cité interdite à l’Europe, et passant par le Caucase, que l’artiste emprunta durant l’été 2008 en compagnie de son fils Delazad, âgé alors de quinze ans. «  Il ne s’agissait pas de tourisme, précise-t-il. J’ai la responsabilité, en tant que père, de transmettre certaines valeurs à mon fils.  » Des valeurs qu’il communique, d’ailleurs, depuis plus de trente ans, à travers son travail tout entier axé autour de la notion de liberté  : celle d’écrire, de dire, de montrer, une liberté dont il fut privé dans son pays d’origine.

Profondément attaché à l’humain, il en dénonce les noirceurs et les vilenies tout en poursuivant sa quête d’indices porteurs d’espoir. Ses portraits sont ceux d’hommes, de femmes et d’enfants croisés au cours de ses inlassables pérégrinations menées aux quatre coins du monde. Ils témoignent de leur quotidien, parfois difficile, tragique, ou bien animé d’un bonheur simple, tel un jeu d’enfant ou le sourire d’un vieillard. «  Je cherche à raconter, dénoncer, émouvoir, témoigner, faire pleurer ou rire, grâce à l’alphabet universel de la photographie.  » De fait, Reza parvient à saisir avec beaucoup de subtilité le silencieux langage du regard, qui sans ambages livre ses états d’âme  ; la justesse de son récit, de ses mots, de ses photos, n’a d’égale que leur puissance évocatrice  ; celle-ci s’impose pour mieux dérouter notre douillette passivité et nous arracher à la force de notre endormissement.

Reza, photo Denis Sutton courtesy Ratp
Vue de l’exposition@Chemins Parallèles, Paris, Reza, 2010

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