Yuki Onodera à Paris – Une réalité peut en cacher une autre

Yuki Onodera

L’artiste japonaise installée en France, Yuki Onodera est actuellement une des invités de la Maison Européenne de la Photographie. Elle y présente trois séries dont une inédite, Muybridge’s Twist, inspirée par le travail sur la décomposition photographique du mouvement mené au XIXe siècle par le Britannique Eadweard Muybridge. 

«  Yuki Onodera se livre à un incessant travail de décapage des apparences pour nous faire accéder à un autre niveau de réalité, pour nous rendre visible l’invisible », déclarait le conservateur Alain Sayag, en 2006, à l’occasion de la présentation du travail de l’artiste au Centre Pompidou.La photographe japonaise, qui vit et travaille en France, défie sans cesse les conventions de la photographie pour livrer une œuvre atypique qui joue avec les formats et les techniques. Jusqu’au 14 juin, la Maison Européenne de la Photographie présente Décalages, une exposition composée de trois séries Transvest, Eleventh Finger, et Muybridge’s Twist, un travail inédit. Née à Tokyo en 1962, la lauréate du prestigieux prix Niépce (2006) a débuté la photographie il y a une vingtaine d’années optant pour des techniques «  à l’ancienne  » et développant une approche spontanée et originale. Avec ses Portraits de fripes, elle attire l’attention. Vus à travers son objectif, les vêtements abandonnés, foulés aux pieds, se redressent s’animent sous l’effet du vent et de la lumière. Yuki Onodera aime travailler l’image dans ses moindres détails. Elle la manipule en réalisant des collages ou des photogrammes et parvient ainsi à nous plonger dans une autre réalité, créée de toutes pièces. Dans des ambiances parfois surréalistes, quand tout à coup une tête est remplacée par un dessin proche de celui d’un napperon orné de fleurs, ou surnaturelles, quand des personnages en pleine conversation ne sont plus que des silhouettes sombres sans visage et par endroit éclairées de l’intérieur… Tout n’est qu’illusion. Si la sensibilité du regard d’Yuki Onodera instille une légèreté à ses personnages évoluant comme en apesanteur, ses créations doivent aussi beaucoup à une forme d’audace. Ainsi elle n’hésite pas à tenter des expériences comme cette fois où elle a placé une bille de verre dans son objectif afin de donner l’illusion d’un astre lumineux lors du tirage  ! Celle qui affectionne le grand format travaille thèmes et techniques en série et sur le long terme. Son goût pour les jeux de perceptions livre une œuvre au caractère étrange et singulier.

Yuki Onodera
Série Transvest-Adrien, Yuki Onodera, 2009
Yuki Onodera
Série Transvest-Rosa, Yuki Onodera, 2009

Composée de 22 pièces, la série Transvest est le fruit d’un long travail débuté en 2002. A première vue, chaque photographie en noir et blanc donne à voir des silhouettes facilement identifiables : un cowboy, une danseuse de flamenco ou encore un boxeur. Mais à y regarder de plus près, il apparaît que chacune d’elles est composée de différents fragments prélevés sur des clichés d’animaux, d’architecture, de gens, de squelettes… L’artiste utilise sans retenue le collage et la photographie en boucle. Les personnages ainsi recomposés se présentent drapés d’évanescence  ; ils ont tout de fantômes évoluant dans un éther singulier  : celui de l’artiste-démiurge qui fait naître un monde à la fois fragile et poétique. La série Eleventh Finger, quant à elle,propose une réflexion sur la libération du corps et le droit à l’image dans l’art en s’appuyant sur l’anonymat et l’absence d’expression. Ces portraits pris sur le vif et sans viseur montrent des personnes dont les visages ont été dissimulés par des fragments de papier disposés directement sur la pellicule. De la coloration des photos à leurs tirages, chacune des créations de Yuki Onodera témoigne de cette approche artisanale qui lui est propre et donne à son œuvre une unicité tout en nuance et sobriété. Pour finir la visite, attardons nous sur Muybridge’s Twist, une série inédite inspirée par le travail de décomposition des mouvements mené au XIXe siècle par le Britannique Eadweard Muybridge. Yuki Onodera s’approprie les corps, utilise la répétition, découpe, photographie de nouveau et recompose un ensemble. Allant jusqu’à dissimuler des morceaux d’elle-même dans ses œuvres imaginées comme autant de chorégraphies aux accents futuristes. Une série récente qui vient confirmer un savoir-faire hors du commun et une esthétique raffinée.

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