François Ferrier à Paris – Troublante lumière

François Ferrier

Si la figure humaine a longtemps occupé le cœur de son travail, c’est par son absence qu’elle semble marquer les lieux et paysages plus récemment déclinés. Pourtant, dans l’œuvre de François Ferrier, paysage et corps sont indissociables. L’infini de ses routes et de ses horizons est à découvrir, jusqu’au 10 avril à Paris, à la galerie des Editions Autrement.

François Ferrier est un jeune artiste au parcours atypique. Né en 1976, il débute très tôt par la musique, mais se révèle dans la peinture à l’âge de 23 ans, mû selon lui par une passion longuement enfouie pour l’espace et les points de fuite. Il se souvient d’ailleurs qu’enfant, il possédait déjà un goût pour le dessin et la perspective, probablement inspiré par le travail de son père, architecte. Entre 1999 et 2003, il se forme ainsi dans l’atelier de Jean-François Debord, aux Beaux-Arts de Paris, suivant ses cours sans être inscrit, et sur les bancs de l’Union centrale des arts décoratifs, sous l’égide d’Hervé Quenolle. Dans les années 2000, il participe à différents salons (MACparis en 2004 et en 2005, Art en Capital en 2008)  ; son travail s’articule alors autour du corps, de la figure humaine, qui lui permettent de sonder des problématiques existentielles.

Si François Ferrier s’intéresse également au paysage, il tient à rappeler que, chez lui, ce thème est indissociable de celui du corps. Une vingtaine d’œuvres emplies de lignes courbes et sinueuses, tracées à l’acrylique sur carton contrecollé sur châssis, et combinant subtilement des cadrages photographiques avec des ombres de premier plan et des illuminations lointaines sont actuellement présentées à la galerie des Editions Autrement, orchestrée par Catherine Gendrier. L’espace, qui accueille sous sa verrière, d’un côté les lecteurs fidèles des éditions – dans un salon empli de piles de livres –, et de l’autre les amateurs de peinture, se veut un lieu d’échanges, de rencontres et de découvertes.Des routes mille fois parcourues

La série des routes possède sa métaphysique propre, au sein de laquelle s’harmonise matière et sujet. Le peintre confie  : «  Ce qui m’intéresse c’est quand le tableau prend le pouvoir et m’embarque ailleurs.  » Pour lui, ces paysages ne sont pas si éloignés de l’humain, dont ils offrent une vision en creux  ; des espaces qui n’existent, par ailleurs, que par l’absence qu’ils soulignent. Il est question de fuite du temps, de traces extrêmement discrètes de civilisation cristallisées par une forme, un motif d’une simplicité universelle, d’une invitation, enfin, à passer d’un monde à un autre, d’un état à un autre, de l’ombre à la clarté, dans des vibrations de couleurs qui viennent – là où la lumière naît – évoquer Turner.

Les paysages imaginaires de François Ferrier ressemblent à ces routes mille fois parcourues  ; ils forment un dédale de chemins, invitant à contourner une lumière aux allures d’apparition, ou à tenter de l’atteindre  ; quel que soit notre choix, elle est prégnante et ne peut être ignorée, car c’est vers elle que toutes les lignes de fuite convergent. Paysages de réminiscence, espace où le ressenti presse le réel à disparaître  ; peinture de va-et-vient d’un souvenir à l’autre, peinture de la mémoire et de ses échos. François Ferrier appartient à une «  famille  » de jeunes peintres comprenant aussi, par exemple, Marion Tivital. L’un comme l’autre ayant retenu de Giorgio Morandi ses atmosphères sourdes et blafardes, qui indiquent que l’humain, semblant planté dans l’attente d’un environnement plus enchanté, poétise toujours – à travers sa vision de l’espace – un rapport intime au monde.

François Ferrier
Contre-jour, acrylique sur carton (116 x 73 cm), François Ferrier, 2012

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