Ai Weiwei à Paris – Fables et chimères

Ai Weiwei, photo S. Deman

Elles s’appellent Heluo (ci-dessus) – poisson à une tête et dix corps –, Yu – rat ailé au cri de chèvre –, Yanwei – esprit alliant un corps de serpent à un visage d’homme – ou encore Shusi – sorte de hibou aux pieds humains – : une vingtaine de curieuses créatures blanches signées Ai Weiwei planent silencieusement sous les verrières du Bon Marché Rive Gauche.

Au sol, un immense dragon veille, prêt, selon la légende, à transmettre énergie, réconfort et espoir. Invité à l’automne 2014 à concevoir une exposition – la première en France – pour le grand magasin parisien, Ai Weiwei s’est inspiré du Shanhai jing, appelé aussi le Classique des monts et des mers, ensemble d’éléments mythologiques chinois longtemps transmis par oral. Le voyage débute sur le trottoir, le long de dix vitrines investies par l’artiste comme autant de pages d’un « journal intime », alliant des détails de son expérience personnelle – l’oiseau de Twitter, des menottes et des caméras de surveillance évoquent notamment son caractère d’activiste dissident – à d’autres conçus en hommage à Marcel Duchamp. « Ces vitrines sont destinées aux passants et c’est quelque chose de très important pour moi, précisait-il le 21 janvier dernier sur France Culture. J’ai toujours souhaité que mes œuvres ne soient pas circonscrites aux seuls musées, mais qu’elles puissent également être exposées dans des lieux comme une prison* ou un grand magasin : ce sont des endroits qui donnent une autre facette de la vie humaine et sont pour moi porteurs d’autant d’enjeux qu’une exposition dans un musée. » Les pièces réunies pour l’exposition Er Xi, Air de jeux ont été réalisées à l’aide de tiges de bambou et de papier de soie, selon des techniques traditionnelles chinoises de fabrication des cerfs-volants. Une simplicité et une authenticité qui, pour Ai Weiwei, confèrent aux créatures « d’autant plus de vie qu’elles s’imposent comme autant de poèmes, avec une langue qui leur est propre, celle de l’imaginaire. C’est comme une fable. » Une fable à se laisser conter jusqu’au 20 février, qui nous rappelle qu’« on a tous dans le cœur des chimères ».
* Comme ce fut le cas en 2014 à Alcatraz, à San Francisco.

Lire aussi « L’artiste baillonné » et « Ressentir le monde ».

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