Sous le regard de machines pleines d’amour et de grâce | Exposition collective

Pedro Barateiro

Conçue suivant un parcours composé de différentes « zones affectives », « Sous le regard de machines pleines d’amour et de grâce » réunit plusieurs artistes qui interrogent les impacts de l’économie de marché et des nouvelles technologies sur la fabrique de nos émotions et de leurs représentations. En 1967, l’écrivain américain Richard Brautigan distribue dans les rues de San Francisco un court poème intitulé « All Watched Over by Machines of Loving Grace ». Il y décrit une harmonie « mutuellement programmée » entre les machines, les animaux et les êtres humains. Une utopie toutefois condamnée à échouer « sous le regard de machines pleines d’amour et de grâce ». Cinquante ans plus tard, si les machines sont partout, elles se sont paradoxalement effacées en intégrant tous les aspects de nos environnements de travail et de nos espaces domestiques. La sociologue Eva Illouz a recours à l’expression de « capitalisme émotionnel » pour décrire « une culture dans laquelle les pratiques et les discours émotionnels et économiques s’influencent mutuellement, aboutissant à un vaste mouvement dans lequel les affects deviennent une composante essentielle du comportement économique et dans lequel la vie émotionnelle obéit à la logique des relations et des échanges économiques». Si les œuvres de l’exposition s’appuient sur des structures abstraites ou matérialisent des processus économiques invisibles, elles n’en sont pas moins imprégnées d’empathie et de subjectivité. Paraissant dotées d’attributs psychologiques, elles reflètent la modélisation de nos imaginaires et la transformation de nos affects en logos, en produits ou en arguments de vente, témoignant d’une forme de réification de nos émotions et de nos relations sociales. Avec : Pedro Barateiro, Richard Brautigan, Isabelle Cornaro, Marjorie Keller, Lee Kit, Marie Lund, Michael E. Smith, Mika Tajima, Marie Mathématique (Jacques Ansan, Jean-Claude Forest, Serge Gainsbourg, André Ruellan). Visuel : Pedro Barateiro.