Marie-Line Costantini | Geoffroy Gross | Guy de Malherbe

A l’inverse de nombre d’artistes pour qui l’œuvre d’art n’affirme que sa seule forme, la peinture de Marie-Line Costantini ne peut être pleinement appréhendée sans prendre en compte la dimension métaphysique qui est à sa source et qui l’imprègne. Dans certaines de ses œuvres la présence de fragments de corps s’oppose à de larges plages abstraites. Bras, jambes, visages, sont ainsi mis en relation avec des bandes au noir profond. Dans d’autres peintures, le corps est absent, laissant place à de vastes espaces sombres ou lumineux où seule s’exprime la peinture. Les œuvres de Marie-Line Costantini, faites d’innombrables reprises et repentirs, sont inspirées des grands maîtres de la Renaissance italienne. Le travail de Geoffroy Gross part quant à lui d’un petit dessin machinalement tracé sur une feuille de papier, comme ceux que nous pouvons faire sans réfléchir lorsque nous téléphonons. Ce gribouillis en forme de tourbillon, d’entrelacs ou de zigzags, est ensuite agrandi puis reproduit sur un polyptyque formant une grille puisque constitué de l’assemblage de plusieurs petits tableaux. Certains d’entre eux, colorés de façon monochrome, viennent terminer l’œuvre où s’équilibrent dessin et couleur. L’art de Geoffroy Gross est fondé sur le principe du transfert d’une forme – un dessin, une feuille abîmée – sur un support différent et à une échelle beaucoup plus grande. Contrairement à beaucoup d’artistes qui, arrivés à maturité s’installent ad aeternam dans la manière qui a fait leur succès, Guy de Malherbe ne s’établit pour sa part jamais longtemps dans sa zone de confort. Traitant préférentiellement les thèmes du corps féminin et du paysage, il décline ceux-ci sous la forme de séries sans cesse réinventées. Sa peinture prend pour point de départ les rivages, plages et falaises de Normandie dans lesquels le minéral occupe une place prépondérante. Ainsi, certains tableaux nous donnent à voir la falaise traitée dans la frontalité, par strates superposées. D’autres présentent une vaste et sombre anfractuosité creusée dans la roche, sorte de gouffre noir, brèche ou cavité à l’aspect menaçant. Enfin, des toiles montrant des débris rocheux aux formes étranges et jonchant la grève, ont un caractère à la fois inquiétant et mystérieux. Ces paysages nullement naturalistes où la peinture dans sa présence généreuse et sensuelle prend le dessus sur l’imitation du réel, permettent de placer Guy de Malherbe dans la lignée des grands peintres paysagistes. Visuels : de gauche à droite Au-delà du corps rendu de Marie-Line Costantini (photo Luc Bouery), Portrait de dessin de Geoffroy Gross (photo Pascal Vanneau), et Tombeau jaune II de Guy de Malherbe (photo Alberto Ricci).