Digérer le monde | Exposition collective

Orozco_Rochechouart

« Le doigt posé sur un écran, les images, fixes ou en mouvement, défilent sous nos yeux. De haut en bas, de bas en haut, le contenu visuel et textuel paraît infini et inépuisable. Le temps d’une hypothétique digestion de l’information est aujourd’hui mis à mal. De nouvelles habitudes se sont immiscées, nous aimons, nous commentons, nous réagissons, nous partageons. En seulement quelques clics, l’actualité globalisée nous parvient avec une violence dont les répercussions au fil du temps prennent différentes formes : l’indifférence, la sidération, la peur, l’impuissance, la résistance, l’analyse, la colère, la radicalisation, l’inconfort. L’accès illimité à un savoir, une force multipliée, génère la prise de conscience d’une trajectoire humaine nourrie de traumatismes, d’espoirs, de résiliences, de résistances, d’erreurs et de progrès. Une série de questions émerge : au creux de cet espace médiatique dominé par l’excès, comment digérer le monde ? Comment mettre en perspective et en relation ses informations et ses transformations ? La surinformation est-elle motrice d’inventivité, de réaction et de résistance ? Ou bien, ne nous mène-t-elle pas vers une intoxication, une ingestion qui, petit à petit, rétrécit et paralyse les consciences ? Parallèlement aux problématiques convoquées, l’exposition pense aussi un geste curatorial : celui de réfléchir une exposition à partir d’une collection muséale. (...) Si l’on considère la collection du musée comme étant une image hétéroclite du monde, une première digestion, le geste curatorial réside en des choix personnels et subjectifs menant à une seconde digestion. (...) L’exposition Digérer le Monde explore différentes problématiques : le corps impuissant, un monde inconfortable, la fin des utopies, la chute, les violences sourdes et convulsives, la sidération, la résistance et la capacité d’agir. À travers elles, les corps sont placés au centre de la réflexion. Les œuvres tendent ainsi à rendre visible, perceptible et sensible un flux alimenté de paradoxes qui structurent nos sociétés sidérées. » Julie Crenn, commissaire de l’exposition. Visuel : Common Dream, Gabriel Orozco, 1996.